Violences sexuelles sur enfants : la justice oublie les mineurs
Violences sexuelles sur enfants : des dossiers à la peine

Une enquête de Libération révèle que les dossiers de violences sexuelles sur enfants peinent à être traités correctement par la justice et la police. Les victimes mineures se heurtent à des procédures longues, des auditions traumatisantes et un manque de protection, selon des témoignages et des données officielles.

Un parcours judiciaire semé d'embûches

L'enquête s'appuie sur des entretiens avec des magistrats, des avocats et des associations, ainsi que sur des statistiques du ministère de la Justice. En 2023, seulement 12 % des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs ont abouti à une condamnation, selon une source proche du dossier. Les délais de traitement sont également préoccupants : en moyenne, une affaire met 18 mois avant d'être jugée.

« On a oublié ce qu'est un mineur victime dans les tribunaux et les services de police », déplore Me Sophie B., avocate spécialisée dans la défense des enfants. Elle ajoute que les auditions sont souvent menées sans formation spécifique des enquêteurs, ce qui peut « revictimiser l'enfant ».

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Des auditions inadaptées

Les auditions des mineurs victimes sont un point critique. Selon une étude de l'Observatoire national de la protection de l'enfance (ONPE), 60 % des enfants auditionnés déclarent ne pas avoir compris les questions posées. Les policiers ne sont pas systématiquement formés à la psychologie de l'enfant, ce qui conduit à des erreurs de procédure.

« Un enfant de 6 ans ne peut pas répondre comme un adulte. On lui demande des détails qu'il ne peut pas donner, et cela fragilise son témoignage », explique le docteur Jean-Marc B., psychiatre spécialiste des traumatismes infantiles. Ces difficultés entraînent souvent un classement sans suite des affaires.

Un manque de moyens et de coordination

Les associations dénoncent un manque de moyens alloués à la protection de l'enfance. Seulement 3 % du budget de la justice est consacré à la protection judiciaire de la jeunesse, selon un rapport de la Cour des comptes. Les services de police manquent d'enquêteurs spécialisés, et les unités d'accueil pour mineurs victimes sont insuffisantes.

« Il y a une rupture de la chaîne de protection : de la police à la justice, en passant par l'aide sociale à l'enfance, les acteurs ne communiquent pas assez », souligne la présidente de l'association Enfance et Partage. Cette absence de coordination retarde les prises en charge et expose les enfants à de nouvelles violences.

Des réformes attendues

Face à ce constat, des voix s'élèvent pour réclamer des réformes. Le gouvernement a annoncé en 2024 un plan de 20 millions d'euros pour former les professionnels et créer des pôles spécialisés dans les tribunaux. Mais les associations jugent ces mesures insuffisantes.

« Il faut une véritable révolution culturelle : considérer l'enfant comme une victime à part entière, avec des droits et des besoins spécifiques », insiste Me Sophie B. En attendant, des milliers de mineurs restent sans protection effective.

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