Violences éducatives ordinaires : un décalage persistant entre droit et réalité
En France, les violences éducatives ordinaires sont strictement interdites depuis la loi du 10 juillet 2019. Cette législation historique précise clairement que l'autorité parentale doit s'exercer sans aucune violence physique ou psychologique. Fessées, gifles, tapes, mais aussi punitions humiliantes, chantages ou brimades sont donc formellement proscrits. Pourtant, le dernier baromètre réalisé par l'Ifop pour la Fondation pour l'enfance dévoile une réalité préoccupante : de nombreux parents continuent d'avoir recours à ces pratiques.
Un baromètre qui révèle la persistance des VEO
La troisième édition de cette enquête, menée auprès de 1 005 parents d'enfants âgés de 0 à 17 ans et publiée le 17 avril 2026, montre que la législation peine encore à s'imposer dans les foyers français. Les chiffres confirment un décalage significatif entre l'évolution du droit et la persistance de certaines habitudes éducatives. Cette étude intervient sept ans après l'adoption de la loi, soulignant la difficulté à faire évoluer des comportements parfois profondément ancrés.
Interview exclusive avec Maud Petit, instigatrice de la loi
Pour comprendre les raisons de cette résistance au changement, nous avons rencontré Maud Petit, députée Modem qui a porté la loi contre les violences éducatives ordinaires. « Quand une fessée part, la majorité des parents le regrette », confie-t-elle, soulignant la dimension souvent impulsive de ces actes. La parlementaire analyse les obstacles à l'application complète de la législation :
- La méconnaissance persistante de la loi par certains parents
- La transmission intergénérationnelle de pratiques éducatives violentes
- Le manque d'alternatives éducatives concrètes proposées aux familles
- La pression sociale et le stress parental qui peuvent conduire à des réactions impulsives
Un changement culturel en cours
Maud Petit insiste sur le fait que cette loi représente avant tout un changement culturel profond dans notre rapport à l'éducation. « Il ne s'agit pas de juger les parents, mais de les accompagner vers d'autres méthodes », explique-t-elle. La députée rappelle que l'objectif est de promouvoir une parentalité bienveillante, fondée sur le dialogue et le respect mutuel, plutôt que sur la crainte ou la contrainte.
Les défis de la mise en œuvre
Malgré les progrès législatifs, plusieurs défis persistent :
- La nécessité de renforcer la sensibilisation et la formation des professionnels de l'enfance
- L'importance de développer des ressources pédagogiques accessibles à tous les parents
- La coordination entre les différents acteurs (écoles, services sociaux, associations)
- La prévention précoce auprès des jeunes parents
Le baromètre Ifop sert ainsi de précieux indicateur pour mesurer l'évolution des mentalités et adapter les politiques publiques. Alors que la France a été l'un des premiers pays à légiférer sur ce sujet, le chemin vers une éducation totalement non-violente reste encore à parcourir.



