La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a publié le 6 juillet 2025 un avis alarmant sur la prolifération des espaces « no kids » dans l'espace public. Selon ce document, cette tendance croissante à exclure les enfants de certains lieux – restaurants, hôtels, transports, ou même quartiers résidentiels – constitue une forme de discrimination qui contribue à leur invisibilisation sociale.
Une exclusion qui se banalise
La CNCDH relève que de nombreux établissements privés, mais aussi certains services publics, instaurent des restrictions d'accès pour les enfants, souvent sous couvert de tranquillité ou de confort pour la clientèle adulte. « Cette pratique, bien que légale dans certains cas, interroge sur la place accordée aux enfants dans notre société », souligne l'avis. La commission pointe notamment le secteur du tourisme et de la restauration, où les offres « adult only » se multiplient.
L'avis cite une étude de 2024 de l'Observatoire des inégalités, qui indique que 15 % des établissements hôteliers en France proposent désormais des zones ou des séjours sans enfants, contre 8 % en 2020. Cette augmentation rapide traduit, selon la CNCDH, un rejet croissant de la présence enfantine dans l'espace public.
Un impact sur le développement des enfants
La commission alerte sur les conséquences de cette exclusion. « Être exclu de l'espace public, c'est être privé de la possibilité de s'y socialiser, d'apprendre à vivre avec les autres, et de se sentir membre à part entière de la communauté », déclare Jean-Marie Burguburu, président de la CNCDH. Il ajoute : « Les enfants sont des citoyens à part entière, et leur présence dans les lieux publics est essentielle à leur développement. »
L'avis souligne également que cette invisibilisation peut renforcer les stéréotypes selon lesquels les enfants seraient systématiquement bruyants ou dérangeants. La CNCDH rappelle que les enfants ont droit à l'accès aux espaces publics en vertu de la Convention internationale des droits de l'enfant, ratifiée par la France.
Des recommandations pour lutter contre la discrimination
Pour contrer cette tendance, la CNCDH formule plusieurs recommandations. Elle appelle les pouvoirs publics à sensibiliser les professionnels et le grand public aux droits des enfants, et à encourager des politiques d'accueil inclusives. La commission propose également d'interdire les discriminations fondées sur l'âge dans les services publics et de réguler plus strictement les pratiques dans le secteur privé.
« Il ne s'agit pas de nier le droit à la tranquillité des adultes, mais de trouver un équilibre qui ne se fasse pas au détriment des plus jeunes », précise l'avis. La CNCDH suggère par exemple la création d'espaces de jeux ou de zones adaptées dans les lieux publics, plutôt que l'exclusion pure et simple.
Une réaction politique attendue
Plusieurs associations de défense des droits de l'enfant ont salué la prise de position de la CNCDH. « C'est un signal fort envoyé à la société : les enfants ne doivent pas être considérés comme des nuisances, mais comme des membres à part entière de la communauté », a déclaré la porte-parole de l'UNICEF France. De son côté, le gouvernement n'a pas encore réagi officiellement, mais la question pourrait être débattue prochainement au Parlement.



