Var : relaxe pour trois prévenus dans une affaire de vente de kits de magnétothérapie
Le tribunal correctionnel de Draguignan a rendu son verdict dans une affaire de vente de kits de magnétothérapie qui avait défrayé la chronique dans le Var. Un père, son fils et son gendre, poursuivis pour escroquerie, ont finalement été relaxés après des années de procédure. Cette décision met un point final à une affaire complexe qui impliquait des méthodes de vente qualifiées d'« à l'ancienne » par la défense.
Des ventes ciblant un public âgé
Entre 2013 et 2019, les prévenus organisaient des ventes d'objets aux propriétés soi-disant thérapeutiques, principalement à destination d'un public de personnes âgées de 50 à 80 ans. Les sessions se déroulaient dans des salles d'hôtel ou de restaurant, présentées comme des ventes privées en petit comité. Pour attirer les clients, des invitations étaient envoyées par courrier, promettant un tirage au sort avec des cadeaux comme des tablettes numériques ou des paniers garnis.
En réalité, les cadeaux étaient souvent achetés à la dernière minute dans des supermarchés hard-discount, et les tablettes numériques n'étaient jamais distribuées. Didier, le principal prévenu, a reconnu lors de l'audience : « On a pu exagérer, c'est vrai. Mais on n'a trompé personne. Les cadeaux, c'était pour atteindre les gens. Sinon ils ne viennent pas, ils ne connaissent pas la magnétothérapie. »
Des produits aux prix exorbitants
Les kits de magnétothérapie, présentés comme diffusant des « champs pulsés » permettant de « recharger les cellules », étaient vendus entre 1 900 et 3 000 euros. Pourtant, ils étaient achetés seulement 430 euros auprès d'un fournisseur étranger. Outre ces kits, les prévenus proposaient également des couettes, matelas, semelles orthopédiques, colliers cervicaux et même une batterie de cuisine vendue 1 400 euros pour une valeur réelle de 170 euros.
Les enquêteurs ont retracé plus de 200 000 euros de chèques encaissés sur les comptes des prévenus entre 2013 et 2019. Didier a toutefois objecté : « Mais il y avait beaucoup de frais. On se déplaçait constamment. Le chiffre d'affaires n'était pas important. » Il est à noter que cette activité n'a jamais été déclarée à l'administration fiscale.
Des méthodes de démarchage particulières
Pour convaincre les clients potentiels, Didier avait recours à des « phoneurs » basés au Maroc ou en Tunisie. Ces derniers appelaient des personnes âgées pour les inciter à participer aux ventes privées. Didier, se présentant comme un « camelot dans l'âme » avec quarante ans d'expérience dans la vente, affirmait croire en ses produits : « Je le propose à la vente, sans jamais forcer les gens à l'achat. J'ai deux heures pour convaincre. Oui, je peux embellir les choses, mais je ne trahis jamais les clients sur la qualité du produit. »
L'affaire a été révélée après que des clients, démarchés un mois après une vente pour une nouvelle réunion dans le même hôtel, ont alerté les forces de l'ordre en suspectant une arnaque. Les policiers de Draguignan ont alors saisi les produits lors d'une vente à la postiche le 6 mars 2019.
La défense et la décision du tribunal
Me Gaël Gangloff, l'avocat de la défense, a plaidé que ses clients exerçaient « à l'ancienne » et croyaient en ce qu'ils vendaient. « Ses pratiques commerciales sont un peu discutables, mais ne relèvent en aucun cas de l'escroquerie », a-t-il argumenté. Il a également souligné la différence avec d'autres sociétés comme Magnetovitum, condamnées en 2024 pour « pratique commerciale trompeuse » après s'être présentées comme des kinésithérapeutes.
Le ministère public a requis la relaxe, un avis suivi par le tribunal. La juge d'instruction ayant prononcé un non-lieu pour les qualifications de travail dissimulé et de pratique commerciale trompeuse, les trois prévenus ont donc été relaxés. Didier a précisé lors du procès : « Il y avait mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone sur les factures. Quand les clients n'étaient pas satisfaits, s'ils se manifestaient dans les délais, je les remboursais. »
Cette affaire soulève des questions sur les limites entre des pratiques commerciales agressives et l'escroquerie, particulièrement lorsqu'elles ciblent des populations vulnérables comme les personnes âgées. Malgré les prix exorbitants et les méthodes de démarchage discutables, le tribunal a estimé que les faits ne constituaient pas une infraction pénale au sens strict.



