Trafic de drogue en France : des chiffres qui font frémir
Les estimations du ministère de l'Intérieur sont désormais connues et elles restent alarmantes. En France, le chiffre d'affaires du trafic de drogue est évalué par les autorités à 7 milliards d'euros en 2025. En 2023, l'Ofast, l'office spécialisé dans la lutte contre les trafics de stupéfiants, estimait que 240 000 personnes vivaient, directement ou indirectement, de cette activité dans l'Hexagone, dont 21 000 à temps plein. Ces chiffres ont depuis évolué à la hausse.
Une expansion des marchés criminels
« L'expansion des marchés criminels est l'un des points saillants de nos observations », analyse Annabelle Vandendriessche, cheffe du service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco). « Les appétits criminels se multiplient vers les cryptomonnaies, l'or ou les données numériques. Ces réseaux, qui font preuve d'une remarquable adaptabilité aux nouvelles technologies et à l'intelligence artificielle, les utilisent pour recruter, étendant leur emprise à toute la France où ils travaillent aussi leur image de marque. »
Marseille : épicentre de la lutte
À Marseille, où elle accompagne le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez ce jeudi après-midi, l'exemple de la DZ Mafia et de ses métastases résonne dans tous les esprits. L'opération « Octopus » de la gendarmerie, qui a permis au mois de mars de réaliser un important coup de filet dans cette organisation, mettant hors d'état de nuire 42 personnes dans le sud de la France, a aussi révélé des tentacules qui s'étendent bien au-delà.
« C'est un milieu en constante recomposition, ce qui n'est pas nouveau, mais c'est beaucoup plus rapide qu'avant à cause des réseaux sociaux. Et il est important de bien suivre ces mouvements », indique Christian Sainte, directeur national de la police judiciaire, depuis l'Évêché, emblématique quartier général de la police marseillaise.
La police judiciaire désignée chef de file
Avant d'aller suivre une « opération de voie publique », sous l'œil des caméras, dans le quartier des Réformés, en haut de la Canebière, Laurent Nuñez et les hauts gradés de l'Intérieur ont tenu à mettre, une nouvelle fois, les choses au clair. Alors que les conflits de pouvoir résistent invariablement au temps entre les différents services, au sein de la police et de la gendarmerie, le ministre a choisi Marseille pour désigner officiellement la police judiciaire en tête de pont de la lutte contre la criminalité organisée.
Cette décision fait suite à la circulaire envoyée le 25 mars, mais plus largement à la loi sur les narcotrafics et à un décret signé en septembre 2025. « Le but de ce chef de filât est d'avoir une direction nationale de la politique judiciaire qui impulse, qui coordonne, qui met en place une comitologie au sein de laquelle, au niveau national, zonal, départemental, on va continuer à échanger des informations sur les réseaux, des filières, des modes d'action », explique le pensionnaire de la Place Beauvau.
Une menace stratégique pour la sécurité nationale
Convaincu par les opérations et les analyses que les groupes criminels constituent, par leur ampleur et les fils tirés parfois de l'étranger « une menace stratégique pour la sécurité nationale », celui qui fut préfet de police à Marseille veut d'abord une méthode pour répondre. « On décloisonne, on fait en sorte que les services travaillent mieux ensemble, poursuit Laurent Nuñez. C'est l'objet de la création de l'Ofast en 2020, c'est la création des cellules de renseignements opérationnels dans chaque département. C'est évidemment la loi narcotrafic. Donc on continue d'améliorer nos dispositifs. »
Au moment où intimidations, incidents et coups d'éclat perturbent comme rarement le procès de plusieurs membres de la DZ Mafia à la cour d'assises d'Aix-en-Provence, à 30 km de Marseille, le gouvernement veut marquer le coup, faire preuve d'unité et d'efficacité.
Des résultats concrets sur le terrain
Entamant son discours par quelques chiffres de lutte contre la délinquance – « toujours en hausse, on était à plus 14 % en 2025 de mis en cause, et depuis le début de l'année, on est déjà à plus 23 % » –, Laurent Nuñez met l'accent sur le travail de terrain, mais pas seulement. Il tient certes à souligner les résultats de quatre grosses opérations qui, depuis décembre à Marseille, ont permis « le ciblage de consommateurs, de commerces et de points de deals, avec à la clé 200 interdictions de paraître, 36 procédures de fermetures dont 2 concernent des commerces, 41 procédures d'expulsion locatives en cours ».
Une dimension interministérielle et internationale
Il veut aussi donner une dimension « interministérielle » à son plan, faisant allusion à la lutte coordonnée contre les réseaux en Amérique du Sud. « Actuellement, huit services d'enquête et de renseignement arment l'actuel état-major contre la criminalité organisée, précise Christian Sainte. L'idée est d'aller plus loin, y compris bien au-delà de nos frontières où sont actifs un certain nombre de malfaiteurs. Il est important de mettre dans un puits d'informations partagées toutes nos connaissances. Mais aussi de savoir qui fait quoi, pour éviter de perdre du temps et des moyens. Le rôle du comité interministériel de lutte contre la criminalité organisée, présidé par le Premier ministre sera essentiel face aux menaces. »
Dans les faits, il compte s'appuyer « sur le travail des stupéfiants, en allant chercher aussi les approches du banditisme et des services financiers ». Un petit retour au jargon pour inciter chacun à collaborer de manière plus précise. En face, les règlements de compte et les guerres de territoire n'empêchent pas les réseaux de s'organiser et de coopérer quand il s'agit de faire un gros coup.



