Espagne : Pedro Sanchez face à une semaine judiciaire cauchemardesque
Semaine cauchemardesque pour Pedro Sanchez

Pedro Sanchez affronte une « semaine cauchemardesque », résume la presse espagnole. Le Premier ministre socialiste (PSOE), élu en 2018 notamment grâce à son programme anticorruption, voit ses proches défiler devant les tribunaux pour trafic d’influence présumé et autres chefs d’accusation.

Lundi : Begona Gomez, l’épouse du Premier ministre

Pour ouvrir la semaine, son épouse, Begona Gomez, s’est présentée devant le juge Juan Carlos Peinado le lundi 15 juin. Déjà inculpée depuis le 13 avril dans le cadre d’une enquête ouverte il y a deux ans, elle est poursuivie pour détournement de fonds, trafic d’influence, corruption dans des transactions commerciales et abus de confiance.

L’épouse du chef du gouvernement est accusée d’avoir utilisé l’influence que lui procure son titre pour être employée par l’université Complutense de Madrid, mais aussi d’avoir utilisé des ressources publiques et ses relations personnelles pour servir ses intérêts privés. La convocation a fait couler d’autant plus d’encre que le magistrat a insisté sur l’obligation de Begona Gomez de comparaître à l’audience, faute de quoi elle y serait amenée de force.

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L’enquête visant Begona Gomez fait suite à la plainte déposée par Manos Limpias (mains propres, en français), une association d’extrême droite fondée par un ancien dirigeant nationaliste qui se présente comme un syndicat anti-corruption. Cette affiliation aux courants radicaux espagnols a poussé Pedro Sanchez à réfuter à de nombreuses reprises les accusations visant son épouse, les qualifiant de calomnies motivées par des objectifs politiques, et ce jusqu’à remettre en cause l’impartialité des magistrats. En septembre, le Premier ministre n’hésitait pas à l’affirmer sur le plateau de la chaîne espagnole RTVE : « Il ne fait aucun doute qu’il y a des juges qui font de la politique et des politiciens qui tentent de rendre justice. »

Mardi : Mercedes González, l’ex-directrice de la Guardia civil

Ce mardi, c’est vers le Sénat espagnol que se sont tournés tous les regards. Mercedes González, membre du parti socialiste et ancienne directrice de la Guardia civil – la force de police militarisée espagnole – est accusée d’avoir participé à l’orchestration d’un système de corruption. L’affaire dite des « égouts » aurait eu pour objectif d’entraver les enquêtes sur des affaires de corruption visant le PSOE ou le gouvernement en tentant de discréditer le parquet anticorruption ainsi que la Guardia civil. Malgré les preuves apportées par l’Unité centrale opérationnelle (UCO), la principale unité d’enquête de la Guardia civil, le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska et Pedro Sanchez continuent de soutenir Mercedes González.

Mercredi et jeudi : José Luis Rodríguez Zapatero, l’ancien dirigeant socialiste

Mercredi et jeudi, ce sera au tour de l’ancien Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero de comparaître devant la plus haute juridiction pénale espagnole, l’Audiencia Nacional. Celui qui a logé au Palais de la Moncloa de 2004 à 2011 sous l’étiquette PSOE est accusé de trafic d’influence dans l’affaire du plan de sauvetage public d’une compagnie aérienne pendant la pandémie de Covid, en mars 2021. Les procureurs tenteront de déterminer si la compagnie a fait un « usage inapproprié » des fonds publics octroyés par le gouvernement. De son côté, la police anticorruption mène une enquête pour déterminer si l’entreprise a utilisé ces fonds publics pour blanchir de l’argent provenant du Venezuela via la France, la Suisse et l’Espagne.

Dans le cadre d’une autre enquête, il est également mis en cause pour fraude fiscale et contrebande présumées, après la découverte de bijoux à son bureau lors d’une perquisition.

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Des élections anticipées réclamées

Alors que les dossiers contre l’entourage de Pedro Sanchez s’empilent, l’opposition espagnole n’est pas passée à côté de l’opportunité de cingler son rival socialiste. À de nombreuses reprises, le Parti populaire (PP), la principale force conservatrice du Royaume, a demandé que soient organisées des élections législatives anticipées. Le 4 juin, le parti politique tançait sur X : « Cela ne se résume pas à une seule personne. C’est un problème qui trouve son origine au sein même du PSOE et du gouvernement espagnol. » La veille, il tranchait : « Le PSOE ne lutte pas contre la corruption. Le PSOE est la corruption. »

De son côté, Pedro Sanchez continue de rejeter ces appels aux urnes et assure qu’il maintiendra sa candidature aux prochaines élections législatives. Un sondage publié lundi par le titre de presse elDiario et repéré par The Guardian indique que 64 % des électeurs socialistes pensent que Pedro Sanchez devrait rester en poste. Toutefois, dans les rangs du PSOE, la pérennité du Premier ministre semble ne plus faire consensus. « C’est une mort à petit feu », a confié un membre du parti au média espagnol ABC.