Prostitution en ligne : la dématérialisation des réseaux complique la verbalisation des clients
Prostitution en ligne : les clients plus difficiles à identifier

La prostitution migre vers le numérique, compliquant le travail des enquêteurs

Le passage de la prostitution de rue vers des réseaux dématérialisés opérant en milieu fermé représente un défi majeur pour les forces de l'ordre chargées de verbaliser les clients. Offres de service discrètes, recrutements ciblés, locations d'appartements éphémères... Depuis la fin des années 2010, les réseaux de prostitution se sont profondément adaptés aux nouvelles technologies et fonctionnent désormais principalement en ligne.

Un mode opératoire plus dissimulé

Cette dématérialisation des activités et cette présence plus dissimulée rendent les clients considérablement moins faciles à identifier. Lenaïg Le Bail, qui a dirigé jusqu'au début avril l'Office central de lutte contre la traite d'êtres humains (OCRTEH) de la police nationale, explique comment l'approche des enquêteurs a évolué depuis la loi de 2016 pénalisant les clients.

« Cette loi a marqué un changement majeur dans la conception que le législateur a de la question prostitutionnelle et donc dans la façon de travailler des institutions françaises », précise-t-elle. « Les personnes en situation de prostitution ne sont plus poursuivies, ni susceptibles de faire l'objet des contraventions pour racolage qui existaient précédemment. Elles sont systématiquement considérées comme des victimes. »

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La prostitution en milieu fermé : nouvelle norme

Aujourd'hui, la prostitution et son exploitation se déroulent de plus en plus en milieu fermé, dans des appartements souvent loués en ligne sur des plateformes bien connues, généralement pour de courtes durées. Les victimes deviennent ainsi de plus en plus invisibles, régulièrement déplacées d'une semaine sur l'autre, d'une ville à une autre, d'un appartement à un autre pour échapper à la vigilance des autorités.

Cette évolution concerne tous les pays d'Europe, quelle que soit leur législation en matière de prostitution. Elle est directement liée aux changements dans les modes de consommation de la société contemporaine : les gens achètent désormais des biens et des services en ligne en consultant des petites annonces numériques.

Un client souhaitant recourir aux services d'une prostituée effectue son choix en ligne pour, si possible, consommer à domicile ou à proximité de son lieu de résidence. Depuis la fin des années 2010, la majorité des affaires traitées par les services de police concernent la prostitution exploitée de façon dissimulée dans des milieux fermés.

« Ces dernières années, quelque 95 % des victimes identifiées étaient exploitées en milieu fermé contre seulement 5 % sur la voie publique », révèle Lenaïg Le Bail.

La difficile verbalisation des clients

Cette transformation des modes opératoires a engendré une plus grande difficulté à identifier les clients. Ils étaient plus faciles à repérer dans le cadre de la prostitution de voie publique, qui se déroulait généralement dans des secteurs connus des services de police locaux.

Actuellement, la majorité des clients verbalisés par les forces de l'ordre le sont sur des secteurs identifiés, notamment les bois parisiens où l'infraction est plus facile à établir. En revanche, l'identification des clients qui consomment de la prostitution en milieu fermé, dans des appartements ou des hôtels, représente un défi bien plus complexe.

Cela nécessite des actes d'enquête approfondis, des surveillances prolongées, et la caractérisation précise du fait qu'il y a bien de la prostitution dans le logement ou l'endroit ciblé. Leur identification se fait donc essentiellement dans le cadre d'enquêtes pour proxénétisme ou pour traite d'êtres humains.

« Établir que quelqu'un est allé consommer un acte sexuel tarifé quand vous le voyez entrer et sortir d'un immeuble, cela ne suffit pas », explique l'ancienne responsable de l'OCRTEH. « Il faut des actes d'enquête supplémentaires. C'est une des difficultés aujourd'hui et c'est une des raisons pour lesquelles assez peu de clients sont poursuivis, même si cela progresse d'année en année. »

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Les enquêteurs, déjà largement occupés par l'identification de groupes criminels et de proxénètes, doivent consacrer un temps considérable à ces investigations. Il existe cependant une marge de progression possible dans l'identification de davantage de clients à travers ces enquêtes, malgré leur caractère chronophage.

Une volonté d'amélioration de cette verbalisation et de ces poursuites existe, avec un objectif particulier : cibler plus efficacement les clients qui ont recours à la prostitution de personnes mineures. Cette priorité reflète l'évolution des stratégies policières face à la transformation numérique des réseaux de prostitution.