Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé vendredi sur RMC avoir saisi le bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris après les propos tenus par Me Francis Vuillemin, avocat du prédicateur Abdelhakim Sefrioui, lors de l'ouverture du procès de l'assassinat de Samuel Paty.
« Il y a un tabou, on n'a pas le droit de le dire. Samuel Paty procédait à la discrimination des élèves musulmans », avait déclaré l'avocat à la presse, provoquant un tollé. Pour le ministre, ces propos constituent un manquement déontologique au « devoir de délicatesse et de courtoisie, de mémoire, de modération » et ont été tenus « à l'extérieur du prétoire ». Il a donc « souhaité saisir le bâtonnier de l'Ordre des avocats de Paris ».
Un examen attentif par l'Ordre
En cas de saisine, « le ministère serait informé des suites données à cette réclamation », a réagi l'Ordre auprès de l'AFP, suggérant que la saisine n'était pas encore intervenue. Si elle devait avoir lieu, elle donnerait « lieu à l'ouverture d'un dossier au sein des commissions déontologiques » de l'Ordre et ferait « l'objet d'un examen attentif », selon les services du bâtonnier.
Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, avait été assassiné près de son collège des Yvelines par un djihadiste tchétchène, abattu par la police. Abdelhakim Sefrioui avait été condamné début mars à quinze ans de réclusion criminelle par la cour d'assises spéciale d'appel de Paris pour avoir « préparé » les conditions « d'une infraction terroriste » en menant une cabale conclue par la mort du professeur, sans avoir été en contact avec l'assassin ni avoir eu connaissance de son projet criminel. Il s'est pourvu en cassation, sa défense estimant que sa condamnation marquait une extension inédite et excessive de l'association de malfaiteurs terroriste.
La réaction de Me Vuillemin
« Ma sérénité est impériale », a réagi Me Vuillemin auprès de l'AFP, rappelant que « le bâtonnier Louis Degos a déclaré publiquement ne voir aucune infraction ». Il a qualifié la démarche du ministre de « pauvre coup de com' » et insisté sur le fait que le cours de Samuel Paty était « bancal et discriminant ». Selon lui, l'Ordre « sait parfaitement que mes déclarations, appuyées par un dossier, s'inscrivaient dans le strict exercice des droits de la défense, même hors prétoire ». Il a également dénoncé « un empiètement du ministre sur le judiciaire et une atteinte à la séparation des pouvoirs, l'affaire n'étant pas définitivement jugée puisqu'il y a un pourvoi en cassation ».
Un « contrefeu » selon un autre avocat
Me Vincent Brengarth, également avocat d'Abdelhakim Sefrioui, a dénoncé « une démarche totalement opportuniste » du ministre, « intervenant en marge de la promotion d'un film, des mois après le procès ». Il y voit « un contrefeu face à ce qui devrait être au centre de l'attention, soit le rôle de l'État » et sa responsabilité dans l'enchaînement des événements ayant précédé l'assassinat du professeur.
Le film L'Abandon, revenant sur les dix jours précédant l'assassinat, est sorti le 13 mai dernier. Édouard Geffray a jugé le film « d'intérêt public », tout en précisant qu'il ne fallait pas « obliger les professeurs à le voir, ni les élèves ». « C'est à chaque professeur de voir s'il le souhaite », a-t-il ajouté, indiquant qu'un dossier pédagogique serait mis à disposition de ceux qui le souhaiteraient. Me Vuillemin a quant à lui fustigé un « film révisionniste de propagande d'extrême droite ».



