Procès à Lyon : un accusé lié à Dominique Pelicot plaide le dégoût de soi
Procès à Lyon : un accusé lié à Dominique Pelicot plaide

Face à sa compagne qui dit avoir été « jetée en pâture », un homme accusé de viol par soumission chimique, en relation avec Dominique Pelicot, a tenté de faire croire jeudi au premier jour de son procès à Lyon qu'il ne se comprenait pas lui-même, au point de se dire indigne « de faire partie de l'humanité ».

Des vidéos accablantes

« J'ai jamais voulu violer ma femme, madame la présidente, je voulais qu'elle se réveille », s'est exclamé l'accusé, véhément, dès les premiers mots de son interrogatoire. Plusieurs vidéos, filmées par l'accusé et diffusées devant la cour criminelle du Rhône, médusée, disent pourtant le contraire. On le voit, entre autres scènes insoutenables, entreprendre une pénétration digitale sur sa compagne, violée ensuite avec un sextoy. La victime, plongée dans un profond sommeil, reste inerte.

Un discours contradictoire

Cet ex-garde du corps de 39 ans peine à expliquer ses actes. « Je ne me reconnais pas », lance-t-il, se taxant de « pervers » mais évoquant néanmoins une « frustration sexuelle » et une forte consommation de cocaïne. Il blâme au passage son ex-compagne, pas assez entreprenante à son goût, qu'il réfute avoir droguée. Là aussi, la découverte de sédatifs puissants dans un coffre-fort dont lui seul avait le code, lors de la perquisition en juin 2023 au domicile du couple, le place face à ses contradictions. « Je ne suis pas digne de l'humanité ! », s'exclame-t-il encore. « C'est un peu la solution de facilité, non ? », rétorque la présidente Dominique Thevenet, dénonçant « une volonté de la salir ».

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Liens avec Dominique Pelicot

L'accusé s'emporte lorsqu'il est interrogé sur ses liens avec Dominique Pelicot, condamné en 2025 à 20 ans de prison pour avoir violé et livré sa femme, droguée, à des dizaines d'inconnus. « Personne n'a jamais violé ma femme ! Personne, personne, personne ! ». Dans des conversations en ligne jusqu'en 2020, Dominique Pelicot offre des conseils à l'accusé qui, désireux de bénéficier de son « expérience », lui propose de se déplacer à Lyon pour passer lui-même à l'acte. Mais aucune rencontre n'aura finalement lieu, selon l'enquête. Les faits visés s'échelonnent de 2015 à 2023.

Le calvaire de la victime

Pour la victime, c'est d'abord la « sidération » : « je voulais croire que ce n'était pas lui ». Au départ, cette femme de 40 ans croira, poussée par l'accusé, que c'est son ex-compagnon qui la harcèle et diffuse ses photos intimes. Mais la publication d'autres photos d'elle, alors qu'elle a changé de téléphone, l'amène à écarter cette hypothèse. Elle mettra longtemps à changer son regard sur lui : « dis-moi que c'est juste un cauchemar », lui écrit-elle, alors qu'il est incarcéré à Villefranche-sur-Saône. Mais au téléphone, alors qu'il l'appelle illégalement depuis sa cellule, « il s'excuse de (m') avoir fait du mal ». Et elle réalise qu'il n'est pas « cohérent » dans ses propos.

A la barre, la jeune femme se souvient de la dégradation de son état physique et psychique. « J'ai été jetée en pâture », lance-t-elle, alors que sont projetées dans une salle pétrifiée une série de photos témoignant d'une rare perversité. Celles publiées par l'accusé sur le réseau Coco pour attirer d'autres hommes, comme une « carte d'identité de soumise », ou des effets personnels couverts de sperme. Autre manifestation probable de ce « trouble de la personnalité », évoqué jeudi matin par le médecin psychiatre : le fait d'avoir convié un homme, après s'être fait passer pour sa compagne sous un nom d'emprunt. Il lui fait miroiter des faveurs sexuelles, mais chasse l'opportun à son arrivée, aux côtés de la victime.

« Il était caché derrière son téléphone, je ne veux plus qu'il se cache », affirme encore la victime pour justifier son refus du huis clos. « Ce qui me tient aujourd'hui ? Mes enfants », dit-elle. Une mère « courage », a dépeint son père, qui a vu son « gendre idéal » devenir « secret ». Larmes dans la voix, il a raconté comment « une gamine toujours heureuse » a « dépéri ». Et dit la détresse de parents « tombés dans une culpabilité terrible », sans « se douter » de l'ampleur des violences.

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