Le parquet de Marseille a confirmé que plusieurs perquisitions ont été menées ce mardi 16 juin à Nice, touchant la mairie, la préfecture des Alpes-Maritimes ainsi que les locaux de la police nationale et municipale. Ces opérations s'inscrivent dans l'enquête sur d'éventuelles failles du dispositif de sécurité mis en place le 14 juillet 2016, jour de l'attentat de Nice.
Un rebondissement majeur à l'approche des commémorations
Les trois magistrates en charge de ce dossier sensible, instruit depuis Marseille, ont effectué le déplacement pour superviser ces perquisitions. Cette avancée survient quelques jours seulement avant les commémorations des 10 ans de l'attentat, offrant un nouveau souffle à une enquête longtemps critiquée pour sa lenteur par les victimes.
La plainte initiale, déposée dès 2017, avait été classée sans suite par le parquet de Nice. Les victimes ont dû se constituer partie civile pour que la question de la sécurisation de la Prom'Party soit examinée par un juge. En 2023, le dossier a finalement été dépaysé vers Marseille.
Une décision cruciale de la cour d'Appel
Jusqu'à récemment, les investigations piétinaient, la plupart des demandes d'actes des avocats des victimes restant sans réponse. Cependant, une décision de la cour d'Appel d'Aix-en-Provence en janvier dernier a relancé l'enquête en faisant droit à la majorité des demandes des parties civiles. Les perquisitions de ce mardi sont la concrétisation de cette décision.
Selon nos informations, les lignes avaient déjà commencé à bouger il y a quelques semaines, lorsque des policiers présents le 14 juillet 2016 ont été recontactés par l'IGPN, chargée des investigations. L'arrêt de la cour d'Appel a ouvert la voie à leur réaudition.
Quatre témoins assistés mais aucune mise en examen
Les parties civiles ont également demandé que l'ancien député niçois Philippe Pradal soit réinterrogé à la lumière de ses déclarations lors du procès de l'attentat. Pradal, qui était maire de Nice à l'époque, avait estimé que « collectivement, les acteurs de la sécurisation… avaient amené la réponse adéquate », avant d'ajouter qu'« une organisation différente aurait pu, aurait dû être envisagée ».
Pour l'instant, l'instruction n'a conduit à aucune mise en examen. Philippe Pradal, Christian Estrosi (alors premier adjoint à la Sécurité), le préfet Adolphe Colrat et son directeur de cabinet François-Xavier Lauch conservent le statut de témoin assisté. Les investigations en cours pourraient toutefois modifier la donne judiciaire.
Réunions préparatoires et arrêtés municipaux au cœur des investigations
Les parties civiles souhaitent que les magistrats examinent de près les réunions préparatoires ayant précédé la Prom'Party de 2016. Les trois juges marseillaises et les enquêteurs ont probablement cherché à exhumer des documents relatifs à ces réunions lors des perquisitions. Les investigations pourraient également porter sur les arrêtés municipaux pris avant la fête nationale.
Un nouveau chef d'instruction pour « faux et usage de faux en écriture publique » s'est récemment ajouté à ceux d'« homicide volontaire » et de « mise en danger de la vie d'autrui ». Ce supplément fait suite à l'examen d'un enregistrement pirate réalisé par un ancien opposant de Christian Estrosi, Benoît Kandel, aujourd'hui conseiller municipal RN. L'audio suggère que les actes administratifs censés réglementer la circulation et le stationnement le 14 juillet 2016 auraient été édités a posteriori et antidatés. Les juges marseillaises ont sans doute vérifié cette hypothèse lors de leur déplacement à Nice.



