Gisèle Pelicot et Manon Garcia : dialogue exclusif sur le procès de Mazan et la sororité
Pelicot et Garcia : dialogue sur le procès de Mazan et la sororité

Rencontre exclusive entre Gisèle Pelicot et Manon Garcia

Un peu plus d'un an après le procès historique dit « des viols de Mazan », Gisèle Pelicot publie pour la première fois son récit personnel dans « Et la joie de vivre ». À cette occasion, elle s'entretient exclusivement avec la philosophe féministe Manon Garcia, elle-même autrice d'un ouvrage analysant ce procès hors norme. Leur dialogue, recueilli par Céline Rastello et Anna Topaloff, revient sur cette déflagration judiciaire et sociale.

Deux trajectoires qui se croisent à Avignon

A priori, tout semblait les opposer. Gisèle Pelicot, septuagénaire de la classe moyenne éloignée des cercles intellectuels parisiens, et Manon Garcia, quadragénaire normalienne et philosophe féministe reconnue. Leurs chemins n'auraient jamais dû se rencontrer, et pourtant c'est fin 2024, dans une salle d'audience du tribunal d'Avignon, que leurs destinées se sont percutées de manière inattendue.

Gisèle Pelicot, par son refus courageux du huis clos, fut immédiatement érigée en icône de la lutte contre les violences sexuelles. Manon Garcia, quant à elle, s'était précipitée au palais de justice pour suivre la quasi-totalité des audiences de ce qui allait devenir le procès emblématique des viols de Mazan. De cette immersion profonde au cœur de la violence et de la domination masculine, la philosophe a tiré en mars 2025 son ouvrage « Vivre avec les hommes ».

La sororité comme force motrice

« J'ai été portée par une foule de femmes de tous âges », confie Gisèle Pelicot lors de cet échange privilégié. Cette déclaration puissante résume l'essence de leur conversation : la sororité qui a accompagné le procès, transformant une épreuve individuelle douloureuse en un combat collectif porteur d'espoir. Les deux femmes tracent un trait d'union significatif entre souffrance personnelle et mobilisation collective.

Dans son livre publié chez Flammarion (232 pages, 21 euros), Manon Garcia dénonce avec acuité les ravages profonds du patriarcat sur la psyché des hommes et le corps des femmes. Son analyse rejoint le témoignage brut de Gisèle Pelicot, créant un dialogue rare entre expérience vécue et réflexion philosophique. Le 17 février prochain, Gisèle Pelicot poursuivra son parcours de résilience et d'engagement.

Un procès qui a marqué l'histoire judiciaire

Le procès des viols de Mazan représente bien plus qu'une simple affaire pénale. Il symbolise un tournant dans la manière dont la société française appréhende les violences sexuelles et écoute la parole des victimes. La rencontre entre ces deux femmes, photographiée le 26 janvier 2026 à Paris par Dorian Prost pour Le Nouvel Obs, incarne cette évolution sociale cruciale.

Leur échange exclusif révèle comment des parcours de vie radicalement différents peuvent converger vers une même cause : la dénonciation des violences masculines et la célébration de la solidarité féminine. Alors que Gisèle Pelicot naît à une conscience féministe à travers son combat judiciaire, Manon Garcia apporte le cadre théorique permettant de comprendre les mécanismes de domination à l'œuvre.

Cette rencontre historique entre témoignage personnel et analyse philosophique ouvre de nouvelles perspectives dans le combat contre les violences sexuelles, rappelant que chaque voix compte et que chaque récit contribue à transformer la société.