Un accident aux conséquences dramatiques
Paul Masselin, jeune intérimaire de 23 ans, gardera des séquelles à vie après l'accident survenu le 8 avril 2023 dans l'usine Paprec de Lansargues, dans l'Hérault. Happé par l'hélice d'une machine qui a redémarré alors qu'il la nettoyait, il a été scalpé et grièvement blessé, survivant par miracle mais restant lourdement handicapé.
Un débat sur les responsabilités
Le tribunal correctionnel de Montpellier examine depuis mercredi 8 avril les circonstances de ce drame. Tout le débat porte sur la responsabilité : Paprec soutient que Paul Masselin n'aurait pas respecté les procédures de sécurité, tandis que la défense de la victime et les parties civiles dénoncent des manquements graves de l'entreprise.
"Mais pourquoi on ne lui a pas expliqué tout cela à M. Masselin ?" s'est exclamée la présidente du tribunal. "Parmi les personnes interrogées, personne n'en parle, ça n'apparaît nulle part !"
Des formations insuffisantes
Paprec explique que la formation s'exerce par "compagnonnage", confiée au binôme auquel Paul Masselin avait été affecté. Problème : "Il est parti en arrêt de travail trois semaines après, je me suis retrouvé tout seul dans l'usine", témoigne le jeune homme.
La présidente du tribunal soupire : "Moi, j'appelle ça de la formation à la papa, où ce sont les vieux qui apprennent aux jeunes le travail qu'il faut faire."
Des machines non conformes
L'inspectrice du travail a révélé que plus de 40 non-conformités avaient été relevées sur cette machine, conçue par Paprec Techniques pour Paprec Méditerranée. "Peu importent les incompréhensions, si la machine avait été conforme, elle n'aurait pas dû redémarrer", précise-t-elle.
Plus grave encore : "On a demandé la liste de ces machines à Paprec, on a eu énormément de mal à l'obtenir. On a appris qu'il y en avait eu six en France, il y en a eu quatre de retirées, les deux seuls qui restaient étaient à Lansargues et à Nîmes."
Un précédent tragique à Nîmes
À Nîmes, quinze mois après l'accident de Paul Masselin, Jules, 21 ans, est mort en intervenant sur cette même machine. Paprec a fait appel de sa lourde condamnation prononcée le 26 mars dernier.
Des réquisitions sévères
La procureure de la République a insisté sur le "défaut de formation flagrant" dans ce dossier : "On n'est pas avec l'artisan du coin, mais avec des sociétés qui ont des moyens colossaux pour remplir les obligations du Code du travail."
Elle demande la condamnation des deux entreprises à 100 000 € d'amende chacune.
La défense plaide la relaxe
Me Antoine Maisonneuve, pour Paprec Méditerranée, assure que "il y a beaucoup de compassion du côté de Paprec par rapport à ce dramatique accident". Avec Me Fanny Colin pour Paprec Technique, il plaide la relaxe des deux entreprises.
Un groupe multinational mis en cause
Me Fabien Martelli, avocat partie civile, a dénoncé avec virulence "ce groupe multinational qui utilise des machines très dangereuses qui conduisent régulièrement à des accidents". Il a également pointé du doigt le "cynisme" et le "dégoût" face à une entreprise qui vient de signer un accord avec le Parquet national financier dans une affaire de corruption et qui incarne selon lui "le greenwashing moderne" en sponsorisant la course au large.
Délibéré prévu pour le 8 juin
Le tribunal a mis l'affaire en délibéré. La décision sera rendue le 8 juin prochain, clôturant une procédure qui met en lumière les graves manquements à la sécurité dans certaines entreprises industrielles.
Paul Masselin, quant à lui, continue de vivre avec les séquelles permanentes de cet accident qui a bouleversé sa vie alors qu'il débutait tout juste sa carrière professionnelle.



