Un ostéopathe de 37 ans, Pierre Garitte, a été condamné ce mercredi à 17 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle du Bas-Rhin, à Strasbourg. Il était jugé depuis le 1er juin pour huit viols et 23 agressions sexuelles commis sur 29 patientes, avec la circonstance aggravante d'actes commis en abusant de l'autorité que lui conférait sa fonction.
Un comportement de prédateur
L'avocate générale, Agnès Robine, avait requis la peine maximale de 20 ans de réclusion, décrivant un « comportement de prédateur » agissant dans des « circonstances particulièrement détestables ». Ce terme a également été employé par plusieurs victimes présumées. L'accusé, qui comparaissait libre sous contrôle judiciaire, a pris la parole une dernière fois mercredi matin avant que la cour ne se retire pour délibérer.
Des actes sous couvert de soins
Pierre Garitte est accusé d'avoir touché ou pénétré les parties intimes de ses patientes sans leur consentement, dans son cabinet d'Eschau, en banlieue sud de Strasbourg, sous prétexte de soins ostéopathiques. La première plainte à son encontre remonte à 2018, mais l'enquête n'a réellement débuté qu'avec une plainte pour viol en octobre 2020. En épluchant son répertoire de patientes, les enquêteurs ont identifié d'autres femmes témoignant d'actes répréhensibles.
La défense : « maladresses » et « nul en anatomie »
Tout au long du procès, Pierre Garitte a nié la plupart des pénétrations, affirmant avoir toujours agi dans un but thérapeutique, sans arrière-pensée sexuelle, et en expliquant ses actes aux patientes. « J'ai dû être nul en anatomie », s'est-il défendu, invoquant des « maladresses ». « Je me rends compte que j'ai blessé des gens profondément », a déclaré cet homme barbu, père de deux enfants, qui n'exerce plus aujourd'hui. Son avocat, Yves Sauvayre, a jugé la peine « démesurée », affirmant que son client avait toujours prévenu les patientes.
Des dénégations préoccupantes
L'avocate générale a estimé que les « dénégations » de l'accusé étaient « préoccupantes en termes de récidive ». Deux experts ont évoqué une personnalité « narcissique », tendant à outrepasser les règles ou à renverser la culpabilité. Alors qu'il était déjà sous le coup de plaintes, il faisait signer à ses patients une « lettre de consentement », dans laquelle ils s'engageaient à lui signaler toute « gêne ou incompréhension ».
La dignité des patientes reconnue
Pendant le procès, les anciennes patientes se sont succédé à la barre, tremblantes ou en pleurs, racontant leur sentiment de trahison envers ce soignant en qui elles avaient confiance. Elles ont décrit un mode opératoire similaire : l'ostéopathe mettait sa main contre la leur et la dirigeait vers leurs parties intimes, ou leur glissait, par surprise et sans gants, un ou plusieurs doigts dans le vagin, tout en respirant fort, ce qui a laissé penser à certaines qu'il était excité.
« Je pense que j'ai été utilisée comme un objet sexuel par destination, et il a profité de moi, profité de la confiance qu'on met dans un sachant », a déclaré Caroline, 50 ans, citée sous un prénom d'emprunt. Une autre patiente, Chantal, a dit s'être sentie « salie, dégoûtée ». Lavleen Singh-Bassi, avocate d'une femme qui dénonce un viol commis devant son enfant de cinq ans, a estimé que la justice avait « redonné à toutes ces femmes la légitimité de leur corps et leur dignité ».



