La mort de la petite Lyhanna, 4 ans, survenue en décembre 2024, continue de susciter une vive émotion. Un rapport interne de l'Inspection générale de la justice (IGJ), rendu public lundi 22 juin, pointe à la fois des responsabilités individuelles et un manque criant de moyens au sein du système judiciaire. Selon le document, plusieurs dysfonctionnements ont jalonné le suivi de l'enfant, placée sous protection judiciaire.
Des signalements ignorés
Le rapport révèle que pas moins de six signalements concernant la situation de Lyhanna ont été adressés aux services sociaux et à la justice entre 2022 et 2024. Aucun n'a donné lieu à une action en profondeur. "Les informations préoccupantes n'ont pas été traitées avec la diligence requise", indique le texte. Un juge des enfants, dont le nom n'est pas divulgué, est directement mis en cause pour avoir classé sans suite deux signalements pourtant alarmants.
Un système judiciaire sous pression
Au-delà des erreurs individuelles, le rapport met en lumière un système judiciaire "asphyxié" par le manque de moyens. Dans le département concerné, le nombre de dossiers par juge des enfants a augmenté de 40 % en cinq ans, passant de 250 à 350 en moyenne. "Les magistrats travaillent dans des conditions intenables, ce qui conduit inévitablement à des défaillances", explique un syndicat de la magistrature cité dans le rapport. Le document recommande d'urgence le recrutement de 50 juges des enfants supplémentaires et une réforme des procédures de signalement.
La famille réclame justice
Les parents de Lyhanna, assistés de leur avocate, ont réagi au rapport. "Ce document confirme ce que nous savions : la mort de notre fille aurait pu être évitée si les alertes avaient été prises au sérieux", a déclaré la mère lors d'une conférence de presse. L'avocate, Me Sophie B., a annoncé son intention de déposer une plainte contre X pour "homicide involontaire par négligence". Elle dénonce un "système qui sacrifie les enfants faute de moyens".
Des mesures promises
Le ministre de la Justice a réagi en promettant des mesures. "Je prends acte de ce rapport accablant. Nous allons renforcer les moyens des tribunaux pour enfants et simplifier les circuits de signalement", a-t-il déclaré. Il a également annoncé une enquête disciplinaire contre le juge mis en cause. Des associations de protection de l'enfance jugent ces promesses insuffisantes. "Il faut un plan d'urgence, pas des paroles", a réagi la présidente de l'Union des familles.
Selon les statistiques officielles, 28 enfants sont morts en 2024 dans des circonstances similaires, soit une augmentation de 12 % par rapport à l'année précédente. Le rapport de l'IGJ appelle à une refonte en profondeur de la protection judiciaire de l'enfance, estimant que "le système actuel n'est plus en mesure de remplir sa mission".



