Mort de Lyhanna : une avocate dénonce un problème systémique
La mort de Lyhanna, 11 ans, dont le corps a été retrouvé dans un silo désaffecté du Gers après plusieurs jours de recherches, a relancé les interrogations sur le traitement judiciaire des violences sexuelles sur mineurs. Pour Me Chantal Corbier, avocate montpelliéraine spécialisée dans la défense des victimes, cette affaire révèle surtout un problème systémique. Alors que le suspect, Jérôme Barella, faisait déjà l'objet de précédents signalements, le gouvernement a annoncé des enquêtes administratives pour comprendre d'éventuelles défaillances.
« C'est une affaire qui concentre les différentes difficultés auxquelles je suis régulièrement confrontée », résume-t-elle. Délais de traitement, manque de personnel, enquêtes qui s'enlisent : selon l'avocate montpelliéraine, les dysfonctionnements observés dans le Gers sont loin d'être isolés. Ils s'inscrivent dans un contexte de saturation de la justice, alors que Gérald Darmanin évoquait récemment trois millions de plaintes en attente de traitement en France, dont 70 000 pour viols ou agressions sexuelles.
Manque de moyens et de personnel
Les violences sexuelles sur mineurs exigent pourtant des moyens spécifiques : « Il faut former les gens pour entendre les enfants », insiste l'avocate. Or, les équipes spécialisées restent insuffisantes et certains dossiers sont traités par des professionnels peu formés à ces enjeux. Un classement sans suite – comme cela a été le cas pour la plainte pour viol déposée par une fillette de 7 ans en 2024 à l'encontre de Jérôme Barella – ne signifie pas forcément que les faits dénoncés sont faux, rappelle Chantal Corbier. Encore faut-il que les investigations aient été menées de façon approfondie : « On ne peut pas poursuivre quelqu'un sur la seule parole d'une victime. Il faut des éléments qui viennent la corroborer », souligne-t-elle.
Une parole difficile à accueillir
Alors que plusieurs procédures avaient visé Jérôme Barella avant l'affaire Lyhanna, la question du rapprochement de ces signalements se pose : « Je ne vois pas comment c'est possible aujourd'hui, en 2026, alors que justement, il y a des logiciels qui permettent au parquet, notamment au service du procureur de la République, d'avoir accès à toutes ces informations reliées les unes aux autres. Ce n'était pas le cas il y a quelques années », affirme Me Chantal Corbier, qui dit ne pas comprendre comment les différents éléments visant le suspect ont pu échapper à l'attention des magistrats.
Dans les affaires de violences sexuelles, la difficulté est accrue par l'absence de témoins et par la vulnérabilité des victimes : « Un enfant agressé pense souvent qu'il a fait quelque chose de mal. Il garde le silence longtemps. Et quand il parle, l'adulte n'entend très souvent pas ce qu'il dit ou alors ne le veut pas », observe l'avocate.
Une lecture trop limitée de l'affaire
Alors que l'exécutif évoque d'éventuelles responsabilités individuelles et que l'application de la circulaire pénale priorisant les enfants victimes est questionnée dans ce dossier, Me Corbier met en garde contre une lecture trop limitée de l'affaire : « Ce n'est pas en sanctionnant une procureure qu'on va résoudre un problème systémique ». Selon l'avocate, les moyens accordés à la justice restent largement insuffisants malgré les réformes successives. Un constat qui résonne d'autant plus fort après l'annonce par Gérald Darmanin de 414 millions d'euros de coupe dans le budget de la justice.
Depuis une dizaine d'années, Me Chantal Corbier constate une dégradation du traitement de ces violences. Au point d'avoir changé son discours auprès des victimes : « Quand une victime de viol me demande si ça va bien se passer, je lui réponds que non. Tout va être très compliqué, très long et très lent ».



