Un témoin clé de l'assassinat de Kennedy
Installé dans le Vaucluse, Claude Mossé se souvient avec une précision intacte des événements qui ont secoué le monde il y a cinquante ans. Le 22 novembre 1963, le président John F. Kennedy était assassiné à Dallas, au Texas. Mossé, alors journaliste pour la radio suisse romande, s'est rendu sur place dès le lendemain. Pour lui, la version officielle ne tient pas : « Johnson est responsable de la mort de Kennedy », affirme-t-il.
L'arrivée à Dallas
Claude Mossé apprend la nouvelle vers 20 h 30, heure de Paris, en raison du décalage horaire. Sa première réaction est de trouver un billet d'avion pour le Texas. Il arrive à Dallas le 23 novembre. L'ambiance sur place est pesante, avec une pagaille indescriptible. Des centaines de journalistes affluent, cherchant une chambre d'hôtel, tandis que les taxis sont pris d'assaut par les photographes et reporters. C'est le réceptionniste de l'hôtel qui lui indique le lieu du drame : Dealey Plaza.
Sur place, il ne reste rien de la scène de crime. La voiture présidentielle, une Lincoln Continental décapotable, a disparu. Aucune délimitation ni protection n'a été mise en place. Seul un bâtiment en briques rouges se dresse, d'où certains disent que les coups de feu sont partis, du 4e ou 5e étage, attribués à Lee Oswald, un ancien Marine. Des témoins ont entendu trois détonations. Le président a été mortellement touché, et le gouverneur John Connally, également dans la limousine, a été blessé. Or, un fusil ne peut contenir que deux cartouches, ce qui rend impossible un rechargement en moins d'une minute. Mossé en déduit qu'il y avait un autre tireur.
Une enquête bâclée
Le 24 novembre, Oswald est abattu par Jack Ruby, propriétaire d'une boîte de nuit fréquentée par la mafia, lors de son transfert en prison. Entre-temps, Dallas vit normalement : tous les commerces sont ouverts, malgré un deuil national décrété. Mossé souligne les difficultés pour obtenir des informations : aucun point presse, aucun communiqué de la police. Les journalistes échangent entre confrères américains et regardent les chaînes de télévision locales qui enchaînent les éditions spéciales. Pour lui, cet événement est l'un des plus médiatisés avant le 11 septembre 2001, au même titre que les premiers pas sur la Lune.
L'enquête a mal débuté, entre secret d'État et incompétence. L'autopsie n'a pas eu lieu à Dallas ; le corps du président a été transporté par Air Force One vers la base militaire d'Andrews, dans le Maryland, puis autopsié à l'hôpital de Bethesda. Aucun des trois médecins légistes n'a rendu de rapport. Très vite, la thèse du complot a émergé.
Le contexte politique
John F. Kennedy, 35e président des États-Unis, élu en janvier 1961, faisait campagne pour un second mandat à l'automne 1963. Il avait choisi de commencer par le Texas, un État du Sud qui s'était battu pour le maintien de l'esclavage pendant la Guerre de Sécession. Kennedy s'était attiré l'hostilité des Blancs racistes après avoir fait adopter une loi sur le droit de vote des Noirs. De plus, l'échec de l'opération « Baie des cochons », une invasion ratée de Cuba, lui avait valu l'inimitié des anti-castristes. Ce voyage était donc risqué. Quelques jours avant, le journal de Dallas, le Morning News, avait titré « Wanted ! » avec la photo du président barrée d'un crêpe noir. J. Edgar Hoover, le patron de la CIA, avait prévenu Kennedy : « Soyez prudents, on complote contre vous. » Tom Howard, un avocat de la Maison-Blanche, lui avait également dit : « N'allez pas dans le Sud, ils vont vous assassiner. » Howard mourra trois mois plus tard d'une crise cardiaque.
La thèse du complot
Le « Rapport Warren », commandé par le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, conclut que Lee Oswald a agi seul. Pour Mossé, c'est impossible. Mais par qui Oswald a-t-il été manipulé ? Dans ses articles, il a toujours titré « Ils l'ont tué », utilisant le pluriel. Il mentionne également l'enquête du procureur démocrate Garrison, convaincu d'une conspiration, mais qui mourra brutalement lors d'une croisière sur le Mississippi. Des dizaines de photos et films ont été réalisés par la population et la presse ce jour-là, mais aucun élément fiable n'étaye une version quelconque. Les témoins et enquêteurs clés sont morts.
Pour Claude Mossé, le responsable est le vice-président Lyndon Johnson. Johnson était opposé à l'opération « Baie des cochons ». Il faisait partie du voyage, mais dans une autre limousine. Curieusement, alors qu'il n'était pas pratiquant, dès la constatation de la mort de Kennedy, il sort une Bible de son veston et prête serment au pied de la passerelle de l'avion en un clin d'œil, assurant la continuité de l'État.



