L'ancien PDG de Lafarge condamné à six ans de prison pour financement du terrorisme en Syrie
Ex-PDG Lafarge condamné pour financement du terrorisme en Syrie

L'ancien PDG de Lafarge condamné à six ans de prison pour financement du terrorisme en Syrie

Il dort depuis lundi soir derrière les barreaux. Bruno Lafont, l'ancien président-directeur général de Lafarge âgé de 69 ans, a été condamné à six ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris. La justice française l'a reconnu coupable de financement du terrorisme en Syrie entre 2013 et 2014. Son avocate a immédiatement annoncé faire appel de cette condamnation et déposer une demande de mise en liberté.

Un système de paiements aux groupes djihadistes

Lors du procès, celui qui avait dirigé le cimentier entre 2007 et 2015 a répété avoir « dit la vérité » et être « innocent ». La justice française considère au contraire qu'il a été l'« artisan » du système de paiements aux groupes djihadistes, « étant au sommet de la chaîne hiérarchique ». Le tribunal a établi qu'il avait décidé de maintenir l'activité de l'usine en Syrie, faisant un « choix purement économique ».

Les paiements aux groupes djihadistes, destinés à permettre à l'usine syrienne de Lafarge de continuer à fonctionner lors de la guerre en Syrie en 2013 et 2014, ont permis à ces groupes de « préparer des attentats terroristes ». Notamment ceux de janvier 2015 en France, a précisé le tribunal correctionnel dans son jugement.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un parcours prestigieux dans les grandes écoles françaises

Pur produit des grandes écoles françaises, diplômé d'HEC et de l'ENA, Bruno Lafont était entré chez Lafarge en 1983 via la direction financière, avant d'en gravir les échelons. C'est lui qui est à l'origine de l'absorption de Lafarge par le suisse Holcim en 2015.

Cet amateur de cigarillos et chewing-gum, au ton parfois cassant, devait devenir directeur général de ce nouveau numéro un mondial du béton. Avant que Holcim ne revienne sur les accords et laisse entendre implicitement qu'il ne voulait pas de ce « Bonaparte » à la tête du futur groupe, selon la presse suisse à l'époque. Son habileté lui avait finalement permis de sauver sa tête et d'obtenir la coprésidence pendant deux ans.

Des choix stratégiques risqués sur les marchés émergents

Ce rapprochement franco-suisse avait été décidé en raison des difficultés du groupe. À son arrivée à la présidence de Lafarge en 2007, en effet, Bruno Lafont s'était heurté à la crise de la construction, cœur de l'activité du groupe, qui frappait alors l'Europe.

Il avait davantage positionné l'entreprise sur les marchés émergents, où les besoins en infrastructures et logements étaient plus importants et la croissance plus forte que sur les marchés matures. Des choix risqués, cependant : quelques années après des investissements conséquents en Égypte, le printemps arabe paralysait l'économie du pays.

Bruno Lafont avait aussi procédé à plusieurs cessions pour réduire la lourde dette de 16 milliards d'euros, afin d'améliorer la note de l'entreprise auprès des agences de notation. Mais l'ampleur de l'endettement l'avait finalement conduit à la conclusion que son groupe ne pouvait pas faire cavalier seul.

Il aurait pu s'allier à des concurrents comme l'allemand Heidelberg Cement ou le mexicain Cemex, mais avait choisi le suisse Holcim pour une « fusion entre égaux » afin de créer un colosse mondial du ciment.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale