Corse : un pôle régional unique contre l'emprise mafieuse déployé à Bastia
Corse : un pôle unique contre la mafia déployé à Bastia

Corse : un pôle judiciaire unique en France pour combattre l'emprise mafieuse

Depuis son arrivée à Bastia il y a deux ans, le procureur Jean-Philippe Navarre incarne l'offensive judiciaire contre les dérives mafieuses en Corse. Cette île, région métropolitaine la plus criminogène de France, connaît des records de règlements de compte où le milieu criminel a profondément pris racine.

Une réponse exceptionnelle à une situation particulière

Depuis janvier, la Corse dispose d'un pôle régional anticriminalité organisée (Praco) unique en France. Le ministère de la Justice vient d'annoncer le renforcement des effectifs avec 21 magistrats et 25 greffiers supplémentaires d'ici 2027. Ce traitement particulier constitue une réponse de l'État à l'emprise mafieuse spécifique à ce territoire.

Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a effectué deux annonces fortes en 2025 concernant la Corse et les besoins de justice de ses habitants. "Il y a sur ce territoire une situation d'emprise criminelle qui n'existe pas – ou pas encore – ailleurs en France", souligne-t-on au ministère. Cette situation exceptionnelle nécessitait une réponse à la mesure des enjeux.

Des premiers résultats tangibles

La nouvelle circulaire de politique pénale territoriale de juin 2025 accorde une importance notable à la lutte contre le crime organisé. Sur le terrain, plusieurs condamnations récentes témoignent déjà d'un début de changement.

En Haute-Corse, par exemple, le secteur de la batellerie gravement touché au printemps dernier par une série d'incendies criminels a vu des arrestations opérées en début d'année. Ces interventions constituent les premiers signes de l'action du nouveau pôle régional et de l'engagement des services spécialisés de police et de gendarmerie.

Une attente sociétale forte

Depuis deux décennies, les chiffres du ministère de l'Intérieur confirment la Corse comme région la plus criminogène de métropole. Le dernier homicide en date, celui d'Alain Orsoni, figure du nationalisme corse le 12 janvier, rappelle l'urgence de la situation.

Ces renforcements de moyens s'accompagnent d'une obligation de résultats pour deux raisons principales :

  1. Une très grande attente de la société corse d'en finir avec l'emprise des groupes criminels
  2. Des choix budgétaires forts en faveur de l'institution judiciaire, particulièrement pour la Corse, dans un contexte de crise économique

"Aucune victime, et plus largement aucun de nos concitoyens, ne comprendrait que ces investissements ne se traduisent par des résultats significatifs", insiste-t-on dans les cercles judiciaires.

Une coordination renforcée entre acteurs judiciaires

Ce pôle régional doit repenser le fonctionnement opérationnel de la lutte contre le crime organisé aux côtés de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, du parquet national financier et du parquet national anticriminalité organisée (Pnaco).

Face aux craintes d'interférences entre ces multiples acteurs, les responsables judiciaires insistent sur la complémentarité des actions. "La justice, ce n'est pas Ajaccio, Bastia, Marseille ou Paris. C'est au contraire une réponse globale de l'autorité judiciaire", explique un magistrat.

Un fonctionnement exceptionnel dans le paysage judiciaire français

Concrètement, ce pôle régional constitue une exception au schéma français, n'existant dans aucun autre territoire. Sous le pilotage stratégique du parquet général de Bastia, les juridictions d'Ajaccio et de Bastia développent une coordination renforcée.

Leur objectif : appréhender au plus près cette emprise criminelle qui s'exprime par :

  • Le blanchiment d'argent
  • Les extorsions
  • Les destructions par incendie

Le cœur de métier de ce nouveau pôle régional consiste à traiter des affaires précédemment insuffisamment prises en charge. La priorité absolue reste le blanchiment des activités criminelles qui briment les entreprises, étouffent l'économie et affectent la vie quotidienne des citoyens.

La spécificité du crime organisé corse

Ce qui distingue fondamentalement le crime organisé corse des autres entreprises criminelles réside dans la notion d'emprise territoriale. Contrairement à la criminalité traditionnelle souvent focalisée sur le profit placé à l'étranger, les groupes criminels corses, à l'instar des organisations mafieuses, cherchent avant tout à asseoir leur autorité sur un territoire.

Les règlements de comptes et assassinats ne représentent que la manifestation la plus visible de leurs agissements. Il s'agit d'une criminalité qui vise à pénétrer tous les secteurs stratégiques de la société – économie et politique – et qui, d'une certaine manière, recherche la déstabilisation de l'État et du corps social.