Corse : deux hommes jugés pour incendies d'entreprises liées à Gilles Simeoni
Deux hommes, dont l'un est associé par la police à une bande criminelle corse, comparaissent depuis mardi 7 avril devant le tribunal judiciaire d'Ajaccio. Ils sont accusés d'avoir incendié des entreprises appartenant à des proches de Gilles Simeoni, le président du conseil exécutif de Corse, ce qu'ils contestent fermement.
Les faits incriminés
Dans la nuit du 4 au 5 décembre 2022, deux établissements de restauration à Corte, en Haute-Corse, ont été la proie des flammes. Le bar-restaurant Le Bama, cogéré par le fils de Gilles Simeoni, et le 24 ont été entièrement détruits par un incendie criminel. Peu après, un véhicule volé, transportant deux individus, a été capturé par les caméras de vidéosurveillance quittant les lieux vers 4h20 du matin.
Le même véhicule a ensuite été repéré à la concession Mercedes d'Ajaccio, où huit voitures ont été réduites en cendres dans un autre incendie volontaire. Ce garage appartient à Jean-André Miniconi, ancien président de la chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud et ancien candidat soutenu par Gilles Simeoni aux élections municipales de 2020.
Les accusés et leurs défenses
Les deux hommes mis en examen sont Kevin Ornec, 39 ans, et Mourad Amar, 30 ans. Ils font face à des charges de destructions en bande organisée, transport de produits incendiaires, recel de bien provenant d'un vol et dégradation du bien d'autrui.
L'accusation s'appuie notamment sur des images de vidéosurveillance montrant l'un des incendiaires subissant un retour de flamme au niveau du bras et du visage. Or, Kevin Ornec présentait à la même période une brûlure au front, qu'il attribuait à trop de Grand Marnier versé sur des bananes flambées lors d'une préparation culinaire.
Kevin Ornec, en récidive et avec près d'une dizaine de mentions au casier judiciaire, est par ailleurs le beau-frère de Yassine Akhazzane, figure notoire du banditisme insulaire selon un rapport confidentiel du Sirasco (Service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée).
Les avocats des deux prévenus maintiennent l'innocence de leurs clients. Me Jean-François Vesperini, défenseur de Kevin Ornec, affirme que son client nie depuis le début toute implication. Me Charlotte Cesari, avocate de Mourad Amar, déclare quant à elle : Notre client nie toute implication dans ce dossier et nous espérons que le tribunal reconnaisse son innocence.
Contexte politique et interrogations
Ce n'est pas la première fois que le garage de Jean-André Miniconi est visé. Il avait déjà subi un incendie et une tentative d'incendie, pour lesquels un homme a été condamné à cinq ans de prison en décembre 2020. L'auteur avait alors indiqué avoir agi moyennant finances pour le compte d'un commanditaire non identifié.
Jean-André Miniconi exprime son attente quant à ce procès : La seule chose que j'attends, c'est qu'on lève les doutes parce qu'aujourd'hui on n'a pas les commanditaires. Ce qui est intéressant, ce n'est pas les gens qui ont mis le feu, c'est pourquoi on a mis le feu et qui a donné l'ordre. Il avance l'hypothèse d'une motivation politique, tout en reconnaissant n'avoir aucune certitude.
Un mois après les faits, en janvier 2023, Gilles Simeoni avait évoqué pour la première fois des menaces sur sa personne lors de ses vœux, sans toutefois déposer plainte ni en préciser l'origine. Cette affaire s'inscrit dans un contexte corse marqué par des tensions politiques et des activités criminelles organisées, soulevant des questions sur les liens possibles entre ces différents éléments.



