Patrick Balkany au tribunal de Nanterre : tensions et détournement de fonds publics
Balkany jugé à Nanterre pour détournement de fonds publics (09.04.2026)

Troisième jour d'audience tendu pour Patrick Balkany à Nanterre

Pour un troisième jour consécutif, Patrick Balkany comparaît devant le tribunal judiciaire de Nanterre. L'ancien édile, âgé de 77 ans, est à nouveau jugé pour détournement de fonds publics, cette fois pour avoir utilisé des policiers municipaux comme chauffeurs privés. La scène judiciaire reste identique : même présidente, mêmes assesseurs, même avocat, mais le dossier est nouveau.

Une ambiance de plus en plus électrique dans la salle d'audience

L'atmosphère est particulièrement tendue, voire plus qu'aux premiers jours du procès. L'agacement est palpable des deux côtés, du tribunal comme du prévenu, et dégénère régulièrement en invectives. Me Robin Binsard, l'avocat de Patrick Balkany, se voit même contraint de calmer son client à la sortie de l'audience matinale, écourtée par la présidente Céline Ballerini après des haussements de voix répétés.

Patrick Balkany ne respecte pas les codes habituels de politesse observés dans les prétoires. Il s'adresse à la magistrate simplement par un « Madame » sans mentionner sa fonction, et se rassoit sans y être invité. « Vous allez où ? », s'étonne Céline Ballerini. « Je vais me rasseoir à ma place, je ne suis pas concerné », tente d'éviter l'homme politique. « Si, vous êtes concerné, vous n'avez pas bien compris, vous êtes concerné par toute l'affaire ! », lui rappelle fermement la présidente.

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Des échanges houleux et des tentatives de médiation

L'ancien maire s'énerve rapidement lorsque la magistrate lui pose des questions, la coupe fréquemment, tout en l'accusant de ne pas l'écouter. « Vous recommencez à vous énerver », tente de l'apaiser Céline Ballerini, qui se voit rétorquer : « Je ne m'énerve pas, vous demandez qu'on vous respecte mais ne respectez personne. Je suis membre honoraire du Parlement et vous me devez le respect. »

Avant cet emportement en fin de matinée, frôlant l'outrage, Me Binsard avait pourtant multiplié les tentatives pour désamorcer la tension. L'avocat a notamment mis un doigt sur la bouche pour inciter son client à éviter tout commentaire, ou lui a adressé un pouce en l'air pour le calmer.

Le fond du dossier : des policiers municipaux transformés en chauffeurs privés

Il est difficile de discerner le cœur de l'affaire, pourtant simple, tant il est noyé sous les échanges conflictuels. La situation devient plus claire dans l'après-midi, même si Patrick Balkany troque ses emportements contre des anecdotes qu'il qualifie de « valant leur pesant de sardines ». Ces récits sont parfois confus, souvent longs, et s'éloignent régulièrement du sujet principal.

L'affaire concerne des policiers municipaux affectés, ouvertement, au poste de chauffeur du maire entre 2010 et 2015. Certains de ces agents, volontaires, se disent heureux d'avoir servi l'édile de Levallois-Perret et d'avoir entretenu des relations cordiales avec lui. D'autres rapportent une expérience bien différente.

Des missions personnelles controversées

Un policier raconte ainsi avoir été confronté à la « colère monstre » d'Isabelle Balkany lorsqu'il a refusé de promener les chiens du couple dans leur moulin de Giverny. Il a également décliné la demande d'aider un enfant à apprendre à faire du vélo. « Pas n'importe quel enfant, votre petit-fils », souligne la présidente. Patrick Balkany rétorque : « Il y a des personnalités comme ça, le gosse je m'en fous, le chien je m'en fous. Lui, il n'aime pas les enfants, il n'aime pas les animaux. Je crois qu'il a eu tort de venir travailler avec moi », avant d'ajouter : « Il avait un caractère de merde. »

D'autres agents évoquent des vacances à Saint-Barthélemy ou Saint-Martin dans la villa Pamplemousse, payées par les Balkany. Ils affirment être partis en congés, et non dans le cadre de leurs fonctions professionnelles. « Je crois qu'il a bien résumé quelle était la situation absolument dramatique que vivaient ces garçons avec moi, l'enfer qu'ils vivaient », réagit avec sarcasme l'ancien député-maire LR.

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La question centrale du détournement de fonds publics

Le problème ne réside pas dans la qualité des traitements, mais dans la manière et les raisons pour lesquelles ces policiers-chauffeurs étaient réquisitionnés. La présidente rappelle à Patrick Balkany qu'il devrait être sensibilisé à cette question, ayant déjà été condamné en 1997 pour avoir employé trois employés municipaux rémunérés sur le budget de la ville pour des missions privées.

L'ancien maire, qui n'a jamais demandé de protection policière au ministère de l'Intérieur, assure qu'il s'agissait d'une mesure de sécurité due à des courriers de menace. Cependant, les chauffeurs n'étaient ni armés, ni formés à la sécurité privée, ni habilités pour cette mission. Ils ont notamment transporté le couple Balkany vers les aéroports parisiens pour des départs ou retours de vacances. « Des déplacements intrinsèquement privés », insiste la magistrate.

Les agents étaient payés par la ville en tant que policiers municipaux, mais n'exerçaient plus ces fonctions pendant leur affectation. Selon le parquet, cela constitue un détournement de fonds publics. Patrick Balkany maintient pourtant, avec obstination : « Personne ne m'a dit que c'était interdit. »