Patrick Balkany frôle l'outrage lors de son procès sur les policiers chauffeurs
Balkany frôle l'outrage au procès des policiers chauffeurs

"Il m'emmenait à la plage faire des châteaux de sable" : Patrick Balkany provoque la suspension de son procès

L'audience du troisième jour du procès de Patrick Balkany à Nanterre a tourné à la confrontation ouverte, poussant la présidente du tribunal correctionnel à suspendre les débats. L'ancien maire de Levallois-Perret, âgé de 77 ans, comparait pour détournement de fonds publics dans un dossier concernant l'utilisation frauduleuse de policiers municipaux comme chauffeurs privés entre 2010 et 2015.

Une audience électrique qui dérape

La tension est montée rapidement lorsque l'avocat de la défense, Me Robin Binsard, a déposé des conclusions de nullité en dénonçant des "dysfonctionnements majeurs" dans l'enquête. Il a souligné que neuf juges d'instruction s'étaient succédé sur ce dossier ouvert en décembre 2012, dont quatre n'avaient accompli "aucun acte". Le procureur s'y est fermement opposé, déclarant que "le temps ne fait rien à l'affaire".

La décision de la présidente Céline Ballerini de joindre cet incident au fond a immédiatement provoqué la colère de Patrick Balkany. "Le maire en fonction est responsable de tout, le juge n'est responsable de rien", a explosé l'ancien édile. Face à cette escalade verbale, la magistrate a tranché : "On frôle l'outrage, il vaut mieux qu'on s'arrête", suspendant l'audience pendant plusieurs heures.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des chauffeurs pour la plage et les Caraïbes

À l'origine, l'enquête s'était penchée sur des plaintes dénonçant un "malaise" au sein de la police municipale de Levallois-Perret. Une lettre anonyme s'interrogeait sur ces détachements de chauffeurs envoyés jusque dans les Caraïbes. La justice reproche à Patrick Balkany d'avoir affecté trois agents de la police municipale, ainsi qu'un fonctionnaire de la police nationale en disponibilité, à son service exclusif pour des trajets personnels.

Interrogé sur la mise à disposition de ces véhicules, un avantage prohibé pour un élu local, l'ancien maire a ironisé : "Un chauffeur m'emmenait à la plage faire des châteaux de sable". Se plaignant de la mauvaise sonorisation de la salle, il a ajouté sarcastiquement : "Il n'y a pas que dans la police municipale qu'il y a des dysfonctionnements".

Une défense basée sur la sécurité et l'économie

Reprenant son sérieux, Patrick Balkany a justifié ce système par des impératifs de sécurité. Il a rappelé avoir créé la police municipale en 1983 à la demande de Charles Pasqua, énumérant les violences subies, dont une attaque "à coups de hache" contre sa permanence le jour de son élection. Jugeant une protection privée trop onéreuse, il a expliqué avoir fait appel à des policiers "volontaires" et "sportifs", entraînés "à la défense et au tir", pour faire "des économies à la commune".

L'ancien maire a affirmé que Brice Hortefeux, alors ministre de l'Intérieur, n'avait selon lui trouvé "rien à redire" à cet arrangement. Il a également mis en avant sa générosité envers ses employés : "Johnny Hallyday m'invitait toujours à ses spectacles, je lui demandais toujours des places pour le chauffeur".

Le témoignage accablant des anciens chauffeurs

La lecture des auditions d'anciens chauffeurs a cependant brossé un tableau très éloigné d'une simple protection. Un policier a raconté lors d'une garde à vue en 2018 avoir perdu huit kilos en un an en raison de conditions de travail rudes. Contraint de patienter de longues journées dans sa voiture garée sur le trottoir face à la mairie, il devait dormir une semaine sur deux chez les Balkany, au manoir de Giverny dans l'Eure.

Le fonctionnaire a expliqué s'y être senti traité comme un "larbin de service". Il a relaté la "colère monstre" d'Isabelle Balkany un jour qu'il avait refusé de sortir ses chiens. Il avait fini par demander sa mutation pour fuir "l'étiquette Levallois Balkany".

Un autre agent, resté huit ans au service du maire, a détaillé ses séjours à la Villa Pamplemousse à Saint-Martin. S'il a reconnu y avoir été "vraiment en vacances", il véhiculait l'épouse de l'élu au casino dans la partie néerlandaise de l'île antillaise et y croisait les invités du couple, citant les noms d'Eric Zemmour et Eric Naulleau.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Face à ces témoignages, Patrick Balkany a balayé d'un sarcasme : "On voit bien l'enfer qu'il vivait...". Assurant qu'il considérait ses employés avec bienveillance et qu'ils vivaient "leur vie dans leur piaule", l'ancien maire maintient sa version des faits alors que le procureur avait requis 18 mois de prison ferme la veille dans un premier volet pour emploi présumé fictif d'un collaborateur.