Révélations sur Anna N. : la « Mata Hari du Béarn » était-elle une espionne au service de la Russie ?
Interpellée en novembre, Anna N., une Franco-Russe installée dans le Sud-Ouest, est soupçonnée d'espionnage et d'ingérence au profit de Moscou. Alors qu'une menace diffuse pèse sur la France depuis le début de la guerre en Ukraine, la DGSI a mené de vastes investigations afin de retracer le parcours de cette jeune femme. Découvrez le premier volet de notre enquête.
Une incarcération sous haute surveillance
Incarcerée depuis fin novembre à la prison de Fleury-Mérogis, Anna N., 40 ans, a le temps de regarder les chaînes info. Elle n'a rien manqué, en ce mois de janvier, des tractations diplomatiques entre la France, la Russie et les États-Unis autour du chercheur français Laurent Vinatier incarcéré à Moscou depuis juin 2024, car accusé d'espionnage.
Pour permettre sa libération, Paris a consenti à celle de Daniil Kasatkin, un basketteur russe incarcéré en France, et réclamé par Washington qui le soupçonne d'avoir fait partie d'un réseau de hackeurs. Pourquoi lui et pas Anna N. ? Pourquoi n'aurait-elle pas été échangée, elle, contre Laurent Vinatier ?
Les questions de la défense
« Elle s'est posé la question, confie son avocat, Mᵉ Philippe de Veulle, contacté par “le Nouvel Obs”. C'est à la fois une question, une supposition, un espoir. » Doit-on y voir l'aveu que celle-ci a « travaillé » en France à la solde de Moscou ? « Pas du tout », affirme Mᵉ de Veulle, qui nie que sa cliente puisse être une espionne et ait fourni la moindre information stratégique à la Russie, ou ait tenté de déstabiliser le débat public français.
Pour l'avocat, ce dossier ressemble à « l'affaire Dreyfus », et sa cliente est « victime d'une ambiance géopolitique ». Anna N., franco-russe depuis son mariage avec un Français au début des années 2010, est aujourd'hui au cœur d'une vaste enquête menée par les services de renseignements intérieurs – la DGSI –, sous la houlette d'un juge de la section antiterroriste du tribunal de Paris.
Le contexte d'une enquête approfondie
Interpellée le 17 novembre, Anna N. fait l'objet d'une attention particulière dans un climat de tensions internationales. Les autorités françaises scrutent ses activités, notamment son implication passée avec l'association SOS Donbass, comme en témoigne une photo d'avril 2023 à Pau, où elle apparaît avant le départ d'un convoi vers l'Ukraine.
Cette affaire soulève des interrogations sur les méthodes d'ingérence étrangère en France, alors que les relations avec la Russie restent tendues. Les prochaines étapes de l'enquête pourraient révéler davantage sur les réseaux d'influence et les risques sécuritaires auxquels le pays fait face.