Viols à l'école de Vic-la-Gardiole : où se trouve Annie F., l'ATSEM accusée, et pourquoi a-t-elle été remise en liberté ?
Depuis deux mois, le dossier de l'ATSEM de Vic-la-Gardiole (Hérault), accusée d'actes de pédophilie sur de très jeunes écoliers, a connu de nombreux rebondissements. État des lieux alors qu'Annie F. a été remise en liberté depuis le 14 août.
L'affaire d'Annie F., l'ATSEM de Vic-la-Gardiole, dans l'Hérault, mise en examen pour "viols" et "agressions sexuelles", a éclaté le 1er juillet. Le point deux mois après.
1. Pourquoi l'ATSEM a-t-elle été libérée ?
C'est la question qui taraude toutes les parties civiles. Alors que les gendarmes ont recensé de nombreuses plaintes contre Annie F., mise en examen pour viols et agressions sexuelles sur des enfants de trois et quatre ans décrivant des pénétrations digitales et autres fellations, et qu'elle a été incarcérée fin juillet, la cour d'appel de Montpellier l'a remise en liberté le 14 août. Pourquoi ?
Selon l'arrêt de la juridiction que nous avons pu consulter, les magistrats ont considéré que les accusations n'étaient pas encore assez étayées. "L'information judiciaire débute, de nombreuses investigations restent à accomplir et les charges qui pèsent sur Mme F. sont ténues", estime la cour. Qui, sur le fond, souligne le manque de pièces versées au dossier : examens médicaux non déposés en procédure, seulement deux expertises psychologiques, seulement trois enfants entendus selon le protocole Mélanie dédié aux mineurs, un enfant qui a menti, deux qui sont revenus sur leurs déclarations, une accusation matériellement impossible et un manque "de déclarations spontanées" des enfants.
Les magistrats s'appuient aussi sur l'expertise psychiatrique d'Annie F. Elle est qualifiée d'histrionique, un trait de caractère "généralement pas associé à des actes pédophiles", par ailleurs "extrêmement rares chez les femmes". Sur la forme, la chambre de l'instruction a aussi considéré que les obligations d'un contrôle judiciaire – à savoir ne pas paraître dans l'Hérault et interdiction d'exercer une activité impliquant un contact avec les mineurs – "apparaissent proportionnées et suffisantes au stade actuel de l'information".
Ces arguments mettent en colère les plaignants. "Pour les parents, cette remise en liberté a été incompréhensible. La mise en examen évoque la thèse du complot des élèves contre elle ? Mais il y a tellement d'enfants qui la mettent en cause en racontant des détails qu'ils n'ont pas pu inventer", déplore Me Luc Abratkiewicz, défenseur de l'une des parties civiles.
2. Où en est l'enquête ?
Les gendarmes de l'Hérault continuent de traiter les différentes plaintes. Chaque enfant est auditionné selon le protocole Mélanie destiné aux mineurs, alors que le juge instructeur peut décider d'examens médicaux au sein de l'institut médico-légal de Montpellier. Près d'une vingtaine de plaintes seraient d'ores et déjà enregistrées, dont certaines toutes récentes, après la libération d'Annie F.
Me Florian Medico, autre partie civile, entend, lui, élargir l'enquête pénale initiale à d'autres infractions. Il a ainsi déposé plainte pour non-assistance à personne en danger, car, "dans un dossier de telle ampleur, il faut rechercher si quelqu'un pouvait savoir, savait ou aurait dû savoir ce qu'il se passait". Il s'appuie sur des faits qui auraient été dénoncés par des témoins au sein de l'école, ces derniers mois. "Il est aussi intolérable que les violences autres que sexuelles ne soient pas concernées par le dossier ; j'ai demandé que l'enquête porte sur ce point", ajoute-t-il, évoquant des fessées et autres réprimandes. "Mes clients ont confiance en l'autorité judiciaire, la vérité finira par sortir", espère l'avocat. Toutes les parties civiles veulent aussi que l'enquête administrative accélère.
3. Que devient Annie F. depuis sa sortie de prison ?
Comment la mise en cause vit-elle cette période, elle qui est libre depuis le 14 août après avoir toujours tout contesté ? "Cette femme est tout simplement en exil, le contrôle judiciaire lui interdit de paraître dans l'Hérault. Elle organise sa vie ailleurs, de façon clandestine et on préserve son anonymat, il en va de sa sécurité. Elle est condamnée avant même de l'avoir été", nous indique Me Isabelle Garcia-Ducros.
"C'est une parole d'enfant qui a été mal comprise, déformée" Son avocate se satisfait bien sûr de la remise en liberté d'Annie F., mais elle entend aller au-delà. "L'enquête avance, même si nous avons dégonflé l'affaire avec sa remise en liberté, les faits ont été présentés comme avérés, c'est difficile. Cette décision de la libérer a été courageuse et appropriée, en s'intéressant au dossier, rien qu'au dossier, pas à l'imaginaire et l'inquiétude que des faits supposés peuvent réveiller", dit-elle. Me Garcia-Ducros ne relaye pas la théorie du complot évoquée en garde à vue par sa cliente. "Je n'y crois pas, il faut arrêter de parler de théorie du complot. Ma cliente a été accusée de faits très graves ; quand on est innocent, on cherche des explications, y compris saugrenues. Mon analyse ? Je pense que c'est une parole d'enfant qui a été mal comprise, relayée, déformée et orientée avec un effet boule de neige."



