12 mai 1962 : le jour où la France a abandonné les harkis, témoignage poignant
12 mai 1962 : la France a abandonné les harkis

Le 12 mai 1962 marque un tournant tragique dans l'histoire des harkis. Pour Michel Messahel, auteur de "Itinéraire d'un harki, mon père", cette date symbolise le parjure de la France. Dans une tribune publiée par Midi Libre, il revient sur l'abandon des supplétifs algériens par l'État français après les accords d'Évian.

Le contexte d'une cruauté administrative

Le 12 mai 1962, le ministre des Armées Pierre Messmer envoie un télégramme interdisant tout rapatriement des supplétifs vers la métropole en dehors du plan officiel. Quatre jours plus tard, un second télégramme signé Louis Joxe exige de "rechercher les promoteurs de tels plans de rapatriement et de leur infliger des sanctions". L'ordre est sans équivoque : les harkis doivent rester en Algérie. L'administration va jusqu'à déplacer des officiers pour les remplacer par des exécutants plus dociles, assurant ainsi que le désarmement et l'abandon soient effectifs.

Des officiers de conscience

Pourtant, des gestes de fraternité héroïque ont défié la trahison. Le Colonel Louis Duffau Lagarrosse, alors capitaine, refusa de désarmer ses harkis. Il déclara à son supérieur : "Mon colonel, nous avons remis ces armes à ces hommes lors de cérémonies solennelles, devant les autorités civiles et militaires. Et vous voulez que moi, j'enlève leurs armes à des soldats qui ont été loyaux envers la France ? Il n'en est pas question !" Par ce refus, il sauva des vies et l'honneur de l'armée française.

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Un sauvetage personnel

Michel Messahel doit la vie à cet officier. Bravant les directives ministérielles au péril de sa carrière, le Colonel Duffau Lagarrosse a personnellement agi pour extraire sa famille du camp militaire de l'Ardoise, dans le Gard. Il leur a offert un toit et un avenir, refusant de voir en ses frères d'armes de simples matricules oubliés. Sa loyauté ne s'est jamais démentie. En 2008, lorsqu'il fut nommé Officier de la Légion d'honneur, il choisit symboliquement la commune de Lussac, en Gironde, où résident les parents de Messahel, pour recevoir sa rosette, associant ainsi tous les harkis à sa distinction.

La mémoire des harkis

Pendant près de quarante ans, avant que le Président Jacques Chirac ne brise le silence le 25 septembre 2001, des militaires d'exception furent la seule famille des harkis. Les Généraux François Meyer et Maurice Faivre, les Colonels Louis Duffau Lagarrosse et Bernard Moinet ont été les gardiens de la parole donnée quand l'administration cherchait à l'étouffer. Michel Messahel, lauréat du prix Général François Meyer 2024, a consacré quatorze ans à recueillir cette mémoire. Il conclut : "Si l'histoire est parfois écrite par des décrets d'abandon, elle est sauvée par des hommes debout qui préfèrent l'honneur à l'obéissance aveugle."

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