« J’étais tétanisée, incapable de bouger » : Marie, mère de famille, dénonce un viol et une attente judiciaire interminable. Marie préfère rester anonyme pour protéger ses enfants, qui ignorent ce qu’elle a vécu. Cette habitante de l’Hérault accuse un collègue de viol, tandis que celui-ci dément formellement, assurant que la relation était consentie. L’affaire est toujours en cours plus d’un an après les faits.
Un parcours marqué par les violences conjugales
« Je me bats, je n’ai pas le choix », confie Marie, qui fait partie de ces femmes au destin brisé par les hommes. Aujourd’hui âgée de 51 ans, elle veut changer la donne. « J’ai vraiment envie que la peur et la honte changent de camp », affirme-t-elle, inspirée par l’affaire Pélicot. Cette mère de trois enfants a eu la force de quitter son ex-mari après presque trente ans de mariage. « Quand je pense que j’étais belle, sûre de moi, sportive, ambitieuse… Mais le mariage a eu raison de moi », se souvient-elle. « J’allais mal, j’ai pris sur moi pour accepter l’horreur. Je n’arrivais pas à identifier le problème, je pensais que ça venait de moi. Et quand on a des enfants, on accepte, on se soumet, on obéit. » Elle ne s’attarde pas sur l’emprise, les violences conjugales et les viols conjugaux, mais laisse comprendre entre les lignes.
Son salut, elle le doit à une autre femme. Il y a cinq ans, une jeune collègue de son mari, âgée de 25 ans, porte plainte pour harcèlement. L’homme ne le supporte pas, tente de se suicider et est hospitalisé quelques mois en psychiatrie. Cette « pause » lui permet de le quitter. « La vie me souriait enfin. Ma fille allait bien. J’avais perdu du poids, arrêté les médicaments. Je respirais enfin », raconte-t-elle. Elle s’inscrit sur des applications de rencontres : « J’avais l’impression d’avoir 15 ans. » Elle discute naïvement avec plusieurs hommes, mais tout reste virtuel. « J’étais flattée qu’on s’intéresse à moi. »
Un flirt qui tourne au drame
Professionnellement, Marie souhaite se remettre en selle. En invalidité depuis une dizaine d’années, elle conserve le statut de salariée dans la banque où elle travaillait. Elle reprend contact avec d’anciens collègues, dont un homme qu’elle ne connaissait pas bien à l’époque. Il la rassure, lui promet un super profil et lui fait miroiter le poste de ses rêves. « Ça faisait 10 ans que j’étais hors course », explique-t-elle.
Un jeu de flirt s’installe rapidement. Marie aurait dû se méfier… Ils échangent des photos à caractère sexuel, qu’elle prend pour un simple jeu virtuel. L’homme devient insistant pour la voir. Elle refuse deux fois, sentant une pression. Finalement, elle accepte et fixe un rendez-vous en extérieur, dans un endroit fréquenté. C’était le 4 février de l’an dernier. Une fois ensemble, elle se sent en confiance. Ils marchent pendant une heure, durant laquelle elle se confie sur ce qu’elle a subi avec son mari. Lui semble l’écouter, jusqu’à ce qu’il change soudainement de comportement. Selon ses dires, il lui soulève son haut, lui agrippe les seins, dégrafe son pantalon, lui baisse son legging et la pénètre violemment. « J’ai eu extrêmement mal. J’étais tétanisée, incapable de bouger », se souvient-elle.
Après l’acte, elle veut rentrer chez elle pour se laver. « Une fois chez moi, je me suis allongée. Je me suis occupée de ma fille et bien après je suis allée me laver. Et j’ai fait une crise d’angoisse et pris un cachet. » Elle ajoute : « Il ne m’a pas embrassée, juste prise dans la nature, comme ça. Je suis plus grande que lui, j’aurais pu peut-être l’empêcher, mais je n’ai pas pu. J’étais paralysée, sous le choc. »
L’histoire ne s’arrête pas là. « Je me suis dit qu’il avait eu un coup de folie, mais qu’il était gentil, que ça ne se reproduirait plus. Je n’avais pas pu me planter à son sujet. Alors j’ai continué à échanger avec lui. » Mais l’homme n’est plus sur la même longueur d’onde. « Il avait eu ce qu’il voulait. Il soufflait le chaud et le froid. J’étais perdue, jusqu’à ce que je me rende compte de ce qui s’était passé… »
Une plainte et une attente interminable
Elle dépose plainte le 14 février 2025 au matin pour viol. « Ça fait plus d’un an que j’attends. Rien ne s’est passé. Même la banque refuse de faire une enquête interne. Il me fait passer pour une folle qui lui en veut », déplore-t-elle. Marie insiste sur la nécessité d’être comprise et accompagnée. « Quand on se retrouve dans cette situation, il ne faut pas rester seule », martèle-t-elle. Elle s’est rapprochée de l’association Les Tricoteuses hystériques, joignable via Instagram. « J’ai pu être écoutée, comprise et conseillée sur les marches à suivre », explique-t-elle.
Du côté de la banque, la DRH se dit embarrassée. « J’ai été entendue par la gendarmerie, qui m’a demandé de ne pas intervenir, l’affaire est d’ordre privé. On se plie aux autorités. Il s’agit de deux salariés, dont une en arrêt maladie depuis 2014. Nous ne l’avons pas eue dans les locaux depuis. Cela ne s’est pas passé dans nos locaux », précise-t-elle.
Quant à l’homme incriminé, il ne comprend pas. « C’est une affaire en cours. J’ai déposé plainte pour harcèlement. C’est très lourd pour moi. Je suis au bord du gouffre. Je suis harcelé par quelqu’un qui a fait une dépression et qui veut me détruire », affirme-t-il. Son avocat, Me Anthony Chabert, ajoute : « On est à des années-lumière d’un viol. Il faut être très prudent. Je pense qu’elle n’est victime de rien. Elle n’a cessé de harceler mon client avec des messages explicites pour continuer la relation, ce qui montre que c’était une relation consentie. C’est quand il lui a signifié qu’il n’y en aurait pas d’autres que ça a tourné au vinaigre, et qu’elle a parlé de viol. Elle a des problèmes. »



