Enquête à Narbonne sur un trafic d'enfants : des reconnaissances de paternité frauduleuses au cœur du dispositif pédocriminel
La commissaire Aurélie Besançon, directrice de l'Office mineurs (OFMIN), créé en 2023 à Nanterre, livre une interview exclusive à Midi Libre sur les méthodes des pédocriminels français opérant à l'étranger. Elle révèle un phénomène préoccupant : l'utilisation de reconnaissances de paternité pour brouiller les pistes et échapper à la justice.
Un détournement de procédure administrative
Selon Aurélie Besançon, ces reconnaissances de paternité sont obtenues dans des pays pauvres, où des femmes vulnérables sont approchées par des pédocriminels. Ces derniers leur proposent des relations sexuelles, puis évoquent leur attirance pour les enfants. En échange de compensations financières ou de la promesse d'un passeport français pour l'enfant, les mères acceptent de déclarer le pédocriminel comme père. « Ces reconnaissances de paternité permettent aux pédocriminels de brouiller les cartes », explique-t-elle.
Une coopération internationale cruciale
L'OFMIN a été créé pour développer la coopération avec les polices étrangères et détecter les prédateurs. La commissaire souligne que la pédocriminalité itinérante est un phénomène caché, mais que des pays comme la Thaïlande sont très proactifs dans les signalements. « Cela permet d'éviter que les suspects échappent aux poursuites en quittant le pays », ajoute-t-elle.
Le live streaming : une tendance inquiétante
Un autre phénomène alarmant est le live streaming d'abus sexuels sur mineurs, apparu pendant le Covid. Des donneurs d'ordre paient entre 20 et 60 euros pour assister en direct à des viols d'enfants. Un arrêt de la cour d'assises de Paris a établi que ces commanditaires sont complices des viols, et non de simples consommateurs. En Colombie, une récente opération conjointe a permis d'interpeller à la fois le donneur d'ordre en France et l'auteur des abus sur place, et de mettre les victimes en sécurité.
Des mesures nouvelles envisagées
La commissaire propose d'étendre les interdictions de contact avec des mineurs au-delà du territoire français, afin d'empêcher les délinquants de travailler comme professeurs ou éducateurs à l'étranger. Elle suggère également une peine complémentaire d'obligation de déclaration de sortie du territoire pour les condamnés.



