Un réseau de livraison par drone démantelé en prison : 37e condamnation pour le cerveau
Un détenu incarcéré au centre pénitentiaire de Neuvic, en Dordogne, avait mis sur pied un service de livraison par drone depuis sa cellule. Lui et trois de ses complices ont été condamnés ce jeudi 5 mars par le tribunal correctionnel de Bordeaux, mettant fin à une entreprise illicite qui faisait florès.
Une petite entreprise derrière les barreaux
Leur affaire, qualifiée par la justice d'association de malfaiteurs en vue de commettre un trafic de drogue, utilisait le compte Snapchat « droneur de fou » pour coordonner les livraisons de téléphones et de stupéfiants vers le centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan. La police a finalement mis un terme à ces activités après plusieurs mois d'enquête.
Les faits remontent à octobre 2025
Tout a commencé dans la nuit du 3 octobre 2025. Vers 1 h 25, les surveillants ont découvert dans une cour de promenade trois colis contenant des téléphones et 137 grammes de cannabis. Une heure plus tard, une patrouille du commissariat a identifié, à quelques mètres de là, une voiture suspecte avec un drone encore chaud à l'intérieur.
De nouveaux épisodes ont suivi : le 25 octobre, trois personnes ont été interpellées après un refus d'obtempérer, leur véhicule contenant un drone et du cannabis. Puis, le 25 décembre 2025, près du centre de détention de Neuvic, des individus ont été contrôlés avec 350 grammes de cannabis et un drone.
Une vague d'interpellations en janvier
Les suspects avaient initialement été laissés libres, mais les policiers bordelais ont mené des investigations minutieuses. Le 5 janvier dernier, une vague d'interpellations a eu lieu en Gironde. Sur les huit suspects, quatre ont été jugés au tribunal correctionnel de Bordeaux ce jeudi 5 mars. Les autres, dont trois mineurs, ont fait l'objet de procédures différentes.
Les aveux en série des prévenus
Dans le box, deux hommes de 22 ans étaient suspectés d'être les têtes de ce trafic de cocaïne et cannabis. Chacun a fini par reconnaître les faits, alors que certains n'avaient jamais avoué durant l'enquête.
Le cerveau du réseau, Chadvy Bantsimba, opérait depuis le centre de détention de Neuvic. Il a déclaré : « On était plusieurs à gérer le compte Snapchat, avec des gens de l'extérieur. En prison, j'avais des liens à garder même si c'est interdit. Tout le monde a un téléphone mais ça coûte cher alors j'ai décidé de me faire droner des affaires. » C'est sa trente-septième condamnation. Il a écopé de quatre ans de prison ferme.
Les complices et leurs rôles
Sa petite amie, une Girondine de 23 ans parfaitement insérée puisqu'elle travaille dans une étude d'huissiers, gérait le côté matériel : location de voitures, livraisons de stupéfiants, achat de téléphones. Elle a affirmé : « C'était seulement pour lui, par amour et par emprise. Je n'en ai tiré aucun profit. » Avec un casier vierge, elle a été condamnée à quinze mois de prison avec sursis.
Steven Batchi, déjà condamné pour trafic en 2022, était le relais à l'extérieur. Depuis la région bordelaise, il supervisait les opérations, récupérait les colis et achetait des drones, dont certains coûtaient jusqu'à 1 200 euros. Il a expliqué : « Je l'ai fait par amitié. Il [le détenu qui gérait le trafic] avait besoin d'aide, je l'ai aidé ! » Les trois juges l'ont condamné à deux ans ferme.
La dernière petite main, une femme de 23 ans, conduisait les pilotes de drone (souvent des mineurs) de chez eux jusqu'à Gradignan moyennant 250 euros par trajet. Elle a déclaré : « On m'a proposé un peu d'argent, j'y suis allé. J'avais pas pris la mesure de ce que je faisais. » Sa peine est d'un an avec sursis.
Ce dossier illustre les défis persistants de la contrebande en milieu carcéral, avec des méthodes de plus en plus sophistiquées comme l'utilisation de drones pour contourner la sécurité.



