Le 29 octobre 2023, un commando lourdement armé ouvrait le feu à Pont-Saint-Esprit, faisant deux morts et plusieurs blessés. En janvier 2026, le juge d'instruction ordonnait la mise en accusation de neuf hommes et une femme. Fin mars, la cour d'appel de Nîmes confirmait que ces dix personnes devaient passer devant la cour d'assises spéciale. Retour sur cette affaire qui plonge dans les arcanes du narcotrafic du Vaucluse.
Un déluge de balles
La scène se déroule en quelques secondes. Plusieurs hommes sortent d'une voiture, armés de kalachnikovs et de pistolets automatiques, et arrosent les abords d'un local associatif dans le centre-ville. Les victimes, originaires du Vaucluse, étaient venues assister à un match de boxe. Bilan : deux morts et plusieurs blessés. Les enquêteurs de la gendarmerie dénombrent une vingtaine d'impacts de balles sur les façades des commerces, ainsi que 26 étuis de calibre 7,62 et une dizaine de douilles de 9 mm au sol.
Une vengeance entre trafiquants
La thèse privilégiée est celle d'une vengeance liée à des rivalités entre trafiquants de drogue du Vaucluse. Le cerveau présumé, en cavale et visé par un mandat d'arrêt, aurait été gravement blessé lors d'une tentative d'assassinat en juillet 2021. Les enquêteurs de la section de recherches de Nîmes ont établi des liens avec des points de deal à Avignon, Carpentras, Orange et Bagnols-sur-Cèze, notamment entre les quartiers de la Tourre et Fourchevieilles.
Dix accusés devant la cour d'assises spéciale
Le juge d'instruction de Nîmes a signé une ordonnance de mise en accusation de près de 90 pages le 10 janvier 2026. Après l'appel de certains accusés, la chambre de l'instruction a examiné l'affaire le 5 mars 2026 et rendu son arrêt le 23 mars, confirmant la décision. La cour d'appel a toutefois décidé que le procès se tiendrait devant une cour d'assises spéciale, sans jurés, en application d'une nouvelle loi entrée en vigueur début 2026.
Les chefs d'accusation
Neuf hommes et une femme devront répondre de meurtre en bande organisée, tentative de meurtre, infractions sur les armes de guerre ou association de malfaiteurs. L'un des suspects est également poursuivi pour association de malfaiteurs en récidive. Les accusés sont âgés de 21 à 29 ans.
Un procès attendu pour 2027
Le procès n'est pas encore programmé, mais il pourrait durer trois semaines à un mois. Selon nos informations, il se tiendrait d'ici la fin de l'année 2026, mais plus probablement début 2027. Treize avocats assureront la défense, tandis qu'une trentaine de parties civiles se sont constituées, représentées notamment par Mes Mourad Battikh, Stéphane Simonin et Nadia El Bouroumi.
Une arme liée à plusieurs règlements de compte
Les analyses balistiques ont montré qu'un pistolet retrouvé dans la voiture utilisée lors de la fusillade avait servi à quatre reprises dans des violences liées au trafic de stupéfiants dans le Vaucluse : un règlement de compte au quartier Monclar à Avignon le 18 juin 2023, une fusillade à Carpentras le 16 août 2023, et la blessure d'un épicier à Sarrians dans la nuit du 7 au 8 août 2023.
Cette affaire illustre la violence des guerres de territoires entre narcotrafiquants, qui n'hésitent pas à utiliser des armes de guerre et à semer la terreur dans des lieux publics.



