Dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 mai 2026, peu avant deux heures du matin, un bruit sourd a réveillé Tyurz Lislet, un jeune habitant d'Oissel, près de Rouen (Seine-Maritime). Depuis la fenêtre de son appartement, il aperçoit les premières flammes qui s'attaquent à un pavillon situé en bas de chez lui. Sans hésiter, il alerte les pompiers. « Mais ma femme me dit qu'il y a des personnes âgées qui y vivent et que je dois aller voir », raconte-t-il. Le temps d'enfiler ses baskets et d'appeler deux de ses proches amis, ce père de trois enfants descend quatre à quatre les escaliers.
Arrivé dans la rue Alsace-Lorraine, il est surpris par la violence de l'incendie, qui provient d'un camping-car et d'une petite voiture en feu sous un porche. « La chaleur était très forte. Il fallait se reculer sur le trottoir d'en face pour la supporter », témoigne-t-il. Sur place, Niels Perillat et un autre ami sont déjà présents. « On ne savait pas comment agir, mais on a tout de suite compris qu'il fallait faire quelque chose », se souvient Niels, de retour devant les lieux du sinistre.
Un sauvetage héroïque
Le portail étant cadenassé et difficile à escalader, l'un des jeunes décide d'utiliser l'arrière de sa voiture pour l'enfoncer. À cet instant, le brasier se concentre sur la gauche de l'habitation. « On a frappé aux portes, aux fenêtres mais les volets étaient fermés », poursuit Niels. À l'intérieur, Bernard et Marcelle Paumier, respectivement âgés de 90 et 87 ans, sont réveillés par le raffut, sans se douter que leur vie est en danger. Ils habitent ce pavillon depuis 1958, dans ce quartier populaire où les nuits sont parfois agitées.
« On a décidé de casser le volet et de briser la vitre avec un extincteur que nous avions ramené au cas où », explique Tyurz, presque surpris d'avoir pris de tels risques sans hésiter. « On était en pilotage automatique. On se disait que c'était impossible d'être de simples spectateurs. Au final, cela aurait été de la non-assistance à personne en danger. » Une fois à l'intérieur, gênés par la fumée, les trois jeunes tombent nez à nez avec Bernard, un peu désorienté, et l'évacuent avec sa femme, peu avant l'arrivée des pompiers. « Le temps qu'ils déroulent leurs lances, il y a eu un gros boum. C'était la petite bouteille de gaz du camping-car qui explosait », se souvient Tyurz.
Des blessures et une reconnaissance immense
Dans l'action, Niels ne s'est pas rendu compte qu'il venait de s'ouvrir le pouce avec le verre de la fenêtre. L'impressionnant bandage qu'il porte aujourd'hui, recouvrant de nombreux points de suture, témoigne de la gravité de la blessure. Malgré les spectaculaires dégâts, le couple de retraités va bien, même s'ils sont encore secoués. Leur fils Pascal et sa sœur se démènent pour qu'ils puissent réintégrer au plus vite la partie du pavillon épargnée par les flammes.
« Il n'y a pas de mots pour exprimer notre reconnaissance pour le dévouement de ces trois jeunes envers mes parents, assure Pascal. Sans eux, aujourd'hui, nous les pleurerions. » Son post sur Facebook pour les remercier a cumulé plus d'1,5 million de vues, des milliers de partages et des centaines de messages. « C'est sûr que depuis cette nuit-là, dans le quartier, pas mal de gens nous félicitent, sourit Tyurz. Mais on n'a pas l'impression d'avoir fait quelque chose d'extraordinaire. »
Un hommage et un appel à l'emploi
Ce n'est visiblement pas l'avis de la mairie d'Oissel, qui a décidé d'organiser une cérémonie vendredi prochain pour honorer les trois héros. Quant à Pascal, il tient à souligner que Tyurz et Niels sont à la recherche d'un emploi. « Des gars d'un tel courage, ça devrait intéresser pas mal d'employeurs », lance-t-il. Le message est passé.



