Le journaliste Jean-Michel Verne publie un ouvrage choc sur le narcobanditisme. Dans son livre qui sort ce 5 novembre, le journaliste d'investigation a décortiqué l'ubérisation du trafic de drogue ainsi que la montée en puissance d'une mafia organisée autour du trafic de stupéfiants à Marseille, qui gangrène désormais aussi le Gard, le Vaucluse et la Drôme. Ultra profit, crime, armes de guerre : voici les ingrédients de cette organisation.
Comment est née l'idée d'écrire un livre sur la DZ mafia ?
Il s'agissait à l'origine d'un ouvrage plus général sur l'emprise du narcotrafic en France. Puis les événements ont conduit à resserrer le propos sur la genèse et le développement de cette organisation née à Marseille, qui occupe le devant de l'actualité.
Quel constat faites-vous sur le narcobanditisme dans le sud de la France ?
Le constat est alarmant : le narcotrafic ne cesse de prospérer au point de devenir une véritable gangrène que l'État a les plus grandes difficultés à contenir. Un simple chiffre : entre 2020 et 2022, la consommation de cocaïne en Europe a augmenté de 30 %. Le fameux "Tsunami blanc" évoqué par Bruno Retailleau est une image juste de la situation.
Votre livre est très documenté, vos interlocuteurs vous ont parlé facilement ?
J'ai eu accès à des contacts privilégiés qui sont également des interlocuteurs habituels : magistrats, policiers ou gendarmes. Certains s'expriment de façon anonyme, mais je peux vous assurer de la qualité des échanges.
À certains égards, votre livre dresse un tableau édifiant voire terrifiant. Peut-on vraiment qualifier cette organisation de mafia ?
Il y a deux postures. Celle des témoins officiels qui font part de leur inquiétude tout en affichant une volonté forte de juguler l'expansion de l'organisation, dont la plupart des chefs sont en prison en France ou réfugiés à l'étranger. Des arrestations interviennent quasiment chaque semaine, mais la pieuvre continue d'étendre son emprise. C'est toute la difficulté. D'autres témoins qui s'expriment anonymement ne cachent pas leur pessimisme sur l'avenir, car nous sommes réellement face à une mafia qui veut contrôler la société et qui en a les moyens, notamment par le biais de la corruption.
Le point de non-retour ?
L'ultra violence est omniprésente. Comment analysez-vous cette succession d'assassinats et l'usage d'armes de guerre ? La faiblesse des moyens d'enquête pour les policiers, les gendarmes ou les magistrats donne le vertige. Un magistrat a confié à Midi Libre que la guerre contre le trafic de drogue était perdue si aucun moyen ne venait renforcer la lutte contre le narcobanditisme. Qu'en pensent vos interlocuteurs ? Je vous renvoie à ma réponse précédente : certains pensent clairement que nous avons atteint le point de non-retour et que l'on ne pourra jamais remonter le courant.
Vous parlez de DZ mafia, qu'est-ce que cela signifie ?
DZ est l'identification de l'Algérie. Trois des membres importants sont d'origine algérienne, mais il est vrai que l'organisation brasse plusieurs communautés. Cela étant, à Marseille, les Algériens sont largement majoritaires parmi la population immigrée. Tout cela a un sens.
Ce qui frappe dans votre livre, c'est que la mafia de la drogue est implantée dans toutes les villes, y compris dans des villes moyennes comme Nîmes, évoquée dans un chapitre du livre. On constate que le trafic parvient à s'implanter sur des zones et des quartiers paupérisés...
Ce phénomène est le plus difficile à appréhender. En fait, le haut du spectre des trafiquants a anticipé la hausse de la consommation, notamment de la cocaïne, en contrôlant la baisse des prix et en augmentant les quantités proposées. C'est la loi de l'offre et de la demande dans un capitalisme criminel élaboré.



