Des messages sur l'application WhatsApp pourraient plomber la défense des Moretti, couple de Français copropriétaires du bar de Crans-Montana incendié en janvier. Deux avocats ont réclamé aux magistrats suisses une requalification des charges pesant sur eux, après la révélation d'échanges de ces derniers avec des employés attestant de leur connaissance d'un risque d'incendie, ont confirmé mercredi une avocate et une magistrate.
Des messages de 2019
Selon des informations de la radiotélévision publique suisse (RTS) confirmées à l'AFP par le ministère public du canton du Valais, Me Sophie Haenni, avocate des proches d'une serveuse décédée dans ce drame qui a fait 41 morts, et Me Ludovic Tirelli, qui représente plusieurs familles de victimes, ont récemment écrit aux magistrates en charge de l'enquête. Leurs requêtes soutiennent que des échanges révélés lors de la confrontation des époux le 5 juin permettent aux magistrates d'inculper Jacques et Jessica Moretti, principaux mis en cause dans ce dossier, pour « meurtre par dol éventuel », et non plus pour « homicide par négligence ». Le droit pénal suisse considère que le dol éventuel existe lorsqu'une personne n'a pas l'intention directe de provoquer un résultat, mais envisage sérieusement sa survenance et l'accepte malgré tout. Les peines encourues peuvent aller jusqu'à la prison à vie.
Me Haenni a confirmé à l'AFP avoir remis au ministère public des messages de discussion WhatsApp datant de 2019. Ils attestent, selon l'avocate, de la connaissance d'un risque d'incendie par Jessica Moretti en cas de contact des étincelles de bougies « fontaine » avec le mobilier, la moquette ou la mousse insonorisante au plafond du sous-sol du bar de la station de ski suisse. Or selon les premiers éléments de l'enquête, c'est bien un contact entre les étincelles et la mousse insonorisante qui aurait déclenché, la nuit du nouvel an, l'incendie du bar « Le Constellation » qui a fait 41 morts et 115 blessés.
« Ils étaient conscients du risque encouru et ils s'en sont accommodés »
« Cet échange démontre que le couple Moretti était parfaitement conscient du caractère hautement inflammable de la mousse acoustique. Il a pourtant quand même demandé à (la serveuse française) Cyane de monter sur les épaules d'un employé avec des bouteilles jonchées de bougies dans les mains », a déclaré à l'AFP Me Haenni. « Les Moretti savaient que le bar pouvait prendre feu. Ils étaient conscients du risque encouru et ils s'en sont accommodés. Ce n'est plus la négligence qui doit être retenue, mais le meurtre par dol éventuel ». De son côté, Me Tirelli n'avait pas pu être joint par l'AFP mercredi.
Au total, 14 personnes sont placées à ce jour sous investigation pénale pour « incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence ». Outre les époux Moretti, figurent plusieurs actuels et anciens élus et employés de la commune, dont les responsables ont reconnu juste après le drame l'absence de contrôles sécurité et incendie dans le bar depuis 2019. Le 5 juin, Jessica Moretti s'était vue notifier un nouveau chef d'inculpation de faux dans les titres en lien avec une fausse facture concernant la mousse insonorisante du sous-sol du bar.



