Une mobilisation en berne malgré la colère des automobilistes
Samedi 11 avril, une deuxième tentative de manifestation contre les prix des carburants s'est soldée par un échec retentissant à Montpon-Ménestérol, en Dordogne. Sous une pluie battante sur la place Clemenceau, une petite dizaine de personnes seulement s'est réfugiée sous l'auvent de l'office de tourisme, déjà fermé en cette fin d'après-midi. Ils observaient avec espoir les rares conducteurs se garant, mais aucun ne les a rejoints, laissant le groupe discuter à voix basse dans l'indifférence générale de la circulation sur la route de Bordeaux.
Un mouvement qui peine à décoller depuis le début
Rassemblés sous le mot d'ordre « trop c'est trop », ces manifestants protestaient contre la flambée des prix à la pompe. Ce n'était pas leur première tentative dans cette commune de 5 800 habitants située à l'ouest de la Dordogne. Déjà le jeudi 2 avril, une première manifestation n'avait réuni que deux personnes, un échec qui n'a pas découragé l'organisateur, Julien Pineau. Ce salarié de l'agroalimentaire, qui parcourt 60 kilomètres par jour au volant de son diesel, affirme avoir reçu « énormément de messages de soutien sur Facebook ».
Malgré ce second fiasco, Julien Pineau, se présentant comme « un gilet jaune de la première heure », refuse d'abandonner. « Le fait qu'il n'y ait que neuf personnes ne va pas m'arrêter. Je suis dans la lutte, j'ai envie que ça prenne », déclare-t-il avec détermination.
Le quotidien des automobilistes ruraux sous pression
Autour de lui, les participants expriment leur incompréhension face à la faible mobilisation. Nathalie, une Montponnaise travaillant dans les services à la personne, avance que « peut-être que les gens ne veulent pas s'afficher ». Elle-même effectue une cinquantaine de kilomètres par jour avec sa voiture hybride et a dû réorganiser complètement ses tournées depuis l'explosion des prix du super, regroupant ses rendez-vous par secteurs géographiques pour limiter ses déplacements.
Caroline Celerier, infirmière à Vauclaire, est moins dépendante de sa voiture mais ressent aussi la pression financière. « Chez nous à la campagne, tout se fait en voiture », explique-t-elle, racontant avoir refusé une invitation à jouer à la pétanque chez une amie pour éviter un trajet de 60 kilomètres.
Philippe et Chantal Communal, un couple de retraités du village voisin de Saint-Martial-d'Artenset, ont réduit leurs déplacements à une seule visite hebdomadaire à Montpon pour les courses. Plus douloureusement, ils ne peuvent plus rendre visite aussi souvent qu'ils le souhaiteraient à leurs petits-enfants dispersés à Lalinde, Villamblard et Carcassonne. « On pensait qu'on allait profiter au moment de la retraite et là on subit », confie Chantal, la voix empreinte de tristesse.
Le désenchantement et l'effet gilets jaunes
Principalement alertés via Facebook, les manifestants constatent que le réseau social « ne fédère plus autant que du temps des gilets jaunes », soupire Chantal Communal. Déçue par l'absence d'élus locaux, elle regrette que « tout le monde râle, mais personne ne se bouge ».
Julien Pineau écarte l'idée que la pluie ou une légère baisse des prix soient responsables de l'échec. « Les gens savent bien que les prix vont rester élevés, mais ils ne veulent pas qu'on leur colle des étiquettes politiques », analyse-t-il. Nathalie évoque quant à elle un possible « effet gilets jaunes », les gens ayant selon elle constaté que les précédentes mobilisations « étaient tombées à l'eau et n'avaient abouti à rien ».
Caroline Celerier déplore que les gens « gueulent dans leur coin et rien ne se passe », tandis que Chantal Communal rebondit : « C'est parce qu'ils n'y croient plus. Quand j'ai dit autour de moi que je venais ici, on m'a répondu que ça ne servait à rien ». Un sentiment de résignation qui semble gagner du terrain malgré la persévérance de quelques irréductibles.



