La sidération face à la mort prématurée de Loana
Chez de nombreuses personnes, la mort de Loana, survenue à l'âge de 48 ans, a provoqué une profonde sidération. Cette réaction s'explique d'abord par la difficulté à accepter les disparitions prématurées, puis par le fait que l'ancienne lofteuse, même si elle ne se manifestait plus que de manière épisodique et chaotique, faisait indéniablement partie de notre vie et de notre époque. Son décès a également suscité un chagrin diffus, comparable à la perte d'un proche devenu lointain ou à la disparition d'un fragment de notre jeunesse, tel un iceberg se détachant de la banquise.
Un épilogue prévisible pour certains
Pour d'autres, en revanche, cette mort n'a constitué aucune surprise. Elle est apparue comme l'épilogue prévisible et inévitable d'une longue dérive, d'une interminable descente aux enfers. Ces observateurs soulignent même que l'icône de la téléréalité semblait prédestinée au drame. Victime d'un père violent et incestueux, en conflit avec sa mère, séparée de sa fille, travaillant comme go-go danseuse en boîte de nuit pour joindre les deux bouts, et s'entichant de mauvais garçons, elle paraissait condamnée au sort tragique des enfants perdus, des êtres cabossés et des jeunes femmes vulnérables.
L'ascension fulgurante et l'espoir d'un conte de fées
Pourtant, sa participation à Loft Story a tout changé. Sa sensualité naïve et ses élans sincères ont crevé l'écran, sa victoire éclatante dans ce programme hypnotique pour des millions de Français, ainsi que sa starisation immédiate et extravagante, devaient l'arracher à sa condition. Cette ascension devait la soustraire à l'adversité, lui offrir une revanche sur la fatalité et un avenir flamboyant.
Dans les années qui ont suivi, on a pu croire au conte de fées. Adulée, provoquant des émeutes à chacune de ses apparitions, elle était habillée par Jean Paul Gaultier, s'essayait au stylisme, posait pour des magazines, sortait un album, publiait une autobiographie à succès, animait des émissions de télévision et intéressait le milieu du cinéma. Elle semblait sauvée.
Le malentendu de la renommée et la descente aux enfers
Mais sa renommée s'était bâtie sur un malentendu, comme le résume Jean-François Kervéan, son biographe : si elle était un objet de désir, elle était aussi un objet de mépris. Le karma n'a pas tardé à la rattraper. Enfermée dans une cage dorée, brûlée par la surexposition, ne s'appartenant plus, elle a enchaîné les mauvais choix, les décisions funestes, les rencontres toxiques et les come-back ratés.
Dès lors, elle a cédé aux addictions en tous genres, abusé des médicaments, multiplié les troubles du comportement alimentaire et tenté de mettre fin à ses jours. La dépression ne l'a plus quittée, faisant de la souffrance sa plus fidèle compagne.
Les SOS ignorés et notre responsabilité collective
En détresse, elle a envoyé des SOS que nous avons entendus mais que nous n'avons pas écoutés. Lors d'une de ses dernières apparitions télévisées, elle a évoqué, avec de sérieuses difficultés d'élocution, un viol survenu quelques mois auparavant. Les conditions étaient telles que l'Arcom a jugé bon de mettre en demeure la chaîne concernée pour non-respect de son obligation de retenue dans la diffusion d'images susceptibles d'humilier les personnes. Se montrant bouffie et incohérente, elle a fait de nous des spectateurs hésitant entre la compassion, l'embarras et le voyeurisme.
Benjamin Castaldi, qui animait Loft Story, a pointé notre responsabilité collective : On a tous regardé. On a tous commenté. On a tous, à un moment, détourné les yeux quand ça devenait trop dur.
Une fin solitaire et tragique
La fin est désormais connue : Loana a été retrouvée inanimée, seule, dans le désordre d'un minuscule appartement niçois, après que ses voisins ont alerté la police à cause de l'odeur pestilentielle qui se dégageait de son logement. Elle était morte depuis plusieurs jours et personne ne s'en était aperçu.
Pourtant, si l'on y songe, elle ne voulait qu'une chose, magnifique et misérable : être aimée. Elle voulait désespérément être aimée. Et, pour y parvenir, elle s'est brûlé les ailes. Désormais, quand nous penserons à elle, nous nous souviendrons des mots de Madame de Staël : La gloire est le deuil éclatant du bonheur.



