Libourne exige la vérité sur la mort de Robert Boulin avec la réouverture du dossier
Libourne exige la vérité sur la mort de Robert Boulin

Libourne réclame la vérité sur la mort mystérieuse de Robert Boulin

À Libourne, la réouverture du dossier concernant la mort de Robert Boulin, ancien maire et ministre sous Valéry Giscard-d'Estaing, suscite un immense soulagement parmi les acteurs locaux. Les zones d'ombre qui entourent cette affaire depuis plus de quarante ans continuent d'alimenter les rumeurs et les interrogations, faisant de la quête de vérité un impératif absolu face à l'Histoire.

Une mémoire toujours vive dans la bastide

« Je vis depuis trente ans à Libourne. J'entends toujours parler de l'affaire », déclare Philippe Buisson, maire de la ville, sans détour. La mémoire de Robert Boulin, retrouvé mort fin octobre 1979 à l'âge de 59 ans, reste profondément ancrée dans la conscience collective libournaise, bien au-delà des lieux qui portent encore son nom. Nombreux sont ceux qui ont croisé la route de cet édile aux qualités unanimement reconnues.

La réouverture officielle du dossier, ce jeudi 16 avril, confiée au Pôle des crimes sériels et non élucidés (PCSNE) de Nanterre – plus connu sous le nom de pôle « cold cases » – est accueillie avec une satisfaction palpable sur les bords de la Dordogne. Les questions fondamentales demeurent : Robert Boulin a-t-il été assassiné ? S'agit-il d'un « tabassage » commandité par le Service d'action civique (SAC), alors service d'ordre du RPR, qui aurait mal tourné, comme l'affirmait Élio Darmon, dont le témoignage tardif a relancé l'affaire ?

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Les zones d'ombre qui persistent

« Les zones d'ombre qui demeurent encore dans ce dossier sont pénibles pour nombre de Libournais », poursuit Philippe Buisson. « Il n'a cessé de susciter interrogations et démarches, sans que toute la vérité n'ait pu être pleinement établie. Les Libournaises et les Libournais attendent légitimement des réponses claires. » L'élu, qui a succédé à Gilbert Mitterrand en 2011, reconnaît ce que la bastide doit à l'ancien maire. « Robert Boulin entretenait avec Libourne un lien affectif très fort. Il a marqué la ville. Il menait une véritable politique de proximité. »

Philippe Buisson pense particulièrement à Fabienne Boulin-Burgeat, fille de l'ancien ministre, « dont le combat force le respect ». Elle n'a jamais cessé d'interpeller la justice sur les circonstances de la mort de son père, rejetant catégoriquement l'hypothèse du suicide. « La Ville a toujours soutenu son association Robert Boulin Pour la vérité. C'est cela qu'attendent les Libournais aujourd'hui. La vérité sur la mort de leur maire. »

Un impératif moral et intellectuel

Jean-Claude Bireau, ancien député RPR de Libourne aujourd'hui âgé de 88 ans, partage cet espoir. « Pour la famille, qui a besoin de savoir, mais aussi pour tous les autres. » Il affirme avoir toujours trouvé la thèse du suicide « bizarre » et s'étonne que l'enquête n'ait pas été rouverte plus tôt au vu des propos d'Élio Darmon. Il regrette amèrement que ce témoin clé soit aujourd'hui décédé. « Les témoins de l'époque s'éteignent. Encore récemment Bernard Fonfrède, à Coutras, qui fut un proche de Robert Boulin. »

Il comprend que certains se soient tus, évoquant le cas de Bernard Fonfrède lui-même, qui avait été agressé à coups de matraque. « Mais ils l'ont manqué. » Pour l'ancien parlementaire, la vérité constitue désormais une nécessité absolue, un impératif « intellectuel et moral ».

Philippe Buisson rejoint pleinement cette position, estimant que la justice a aujourd'hui un devoir impérieux devant l'Histoire. « Nous ne pouvons nous résoudre à voir subsister des zones d'ombre dans l'histoire de notre pays, d'autant qu'elles concernent une grande figure du gaullisme, engagée dès l'origine dans la construction de la Ve République, et profondément liée à notre territoire. Désormais, chacun doit prendre ses responsabilités : ceux qui savent et qui sont encore en vie doivent parler. »

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Reste une question cruciale que soulève Jean-Claude Bireau : « Mais saura-t-on qui a commandité le geste ? » Une interrogation qui plane toujours sur cette affaire aussi complexe que troublante, alors que Libourne attend enfin des réponses définitives.