Lacanau : après deux noyades, la surveillance des plages en question
Après deux noyades survenues depuis le début des vacances de Pâques, la question d'une extension de la surveillance des plages ressurgit avec acuité. À Lacanau, les sélections de maîtres-nageurs sauveteurs, organisées samedi 18 avril, illustrent à la fois l'exigence du métier et ses contraintes structurelles.
Des sélections exigeantes sur une plage nord ventée
Sur la plage nord de Lacanau, le vent s'engouffre sur le sable et refroidit une atmosphère déjà marquée par une eau à 13-14°C. Parmi les 130 candidats présents ce samedi 18 avril pour les sélections des maîtres-nageurs sauveteurs de la saison, Ilona Lozano, 19 ans, s'élance pour la première épreuve avec une concentration remarquable. « J'habite ici, j'adore l'océan », confie-t-elle, quelques minutes avant le départ de la course. Étudiante en première année de droit, elle s'entraîne toute l'année entre piscine, course et sauvetage côtier. « Elle en a besoin », glisse sa mère, présente pour la soutenir, barres de céréales à la main.
La sélection débute par une course de 2 kilomètres, avant l'épreuve décisive de la bouée. Dans une mer agitée, les candidats doivent enchaîner nage, franchissement de vagues et retour en courant. « La bouée, c'est plus cardio », explique Ilona, qui décroche la deuxième place des filles aux qualifications. Autour d'elle, les visages témoignent de la difficulté. « C'est fatigant et compliqué », reconnaît Ambre, 24 ans, six saisons au compteur. « Ça remue beaucoup, ça donne la nausée », ajoute Evy, 19 ans.
Une surveillance indispensable face aux dangers de l'océan
Sur la journée, les recruteurs observent autant la performance sportive que l'aisance dans les vagues et l'esprit d'équipe, évalué lors d'ateliers de mise en situation l'après-midi. « On regarde la mentalité et leur capacité à s'intégrer car ils travailleront ensemble pendant plusieurs mois », souligne Alexis Melzassard, 30 ans, chef de poste.
Ils pourraient être 190 à surveiller les plages de Lacanau, Carcans, Hourtin et Naujac-sur-Mer durant l'été 2026. Une présence indispensable sur un littoral où les conditions restent particulièrement piégeuses, notamment au printemps. À cette période, les baïnes sont bien formées, les vagues puissantes et l'eau froide réduisent rapidement les capacités physiques. « En pleine saison, on peut enchaîner 20 à 40 interventions dans la journée », rappelle Alexis Melzassard. Une intensité qui contraste avec les longues phases d'observation, où il faut rester vigilant avant d'intervenir en quelques secondes.
Les accidents surviennent hors des heures de surveillance
Les deux noyades survenues depuis le début des vacances de Pâques rappellent la dangerosité d'un océan souvent sous-estimé. « Tous les accidents arrivent en dehors des heures de surveillance », insiste le chef de poste. En clair, tant que les drapeaux ne sont pas hissés, le risque est maximal.
Étendre la surveillance : une équation complexe
Face à ces constats, la question d'un élargissement de la surveillance se pose avec insistance. À Lacanau, la période a déjà été progressivement étendue pour couvrir aujourd'hui début mai jusqu'à la Toussaint. « En douze ans, on a doublé la durée », souligne l'adjoint au maire Hervé Cazenave.
Aller plus loin, comme dans les Landes où certains dispositifs tendent vers une surveillance quasi annuelle, suppose toutefois des moyens conséquents. « Les communes sont seules à payer », rappelle l'élu. Entre contraintes budgétaires, gestion du personnel et incertitudes météo, l'équation reste complexe.
Sur la question, Alexis Melzassard est catégorique : « Ce n'est pas pour rien que ce système a été mis en place dans les Landes. » Le chef de poste souligne un intérêt sécuritaire mais aussi de fidélisation des sauveteurs : « Ils travaillent cinq à six mois dans l'année. Sans extension, certains se tournent vers d'autres emplois plus stables », remarque-t-il.
Une féminisation encouragée dans les postes de secours
Dans les rangs, la présence féminine progresse de manière significative. Elles représentent environ un quart des effectifs et leur montée en puissance est saluée par les encadrants. « On a besoin de cette mixité dans les postes de secours », explique Guillaume Counilh, coordinateur pour la surveillance des plages de la Communauté de communes Médoc Atlantique.
Sur certaines interventions, la présence de femmes peut faciliter l'approche et instaurer un climat de confiance. « Elles font les mêmes missions et tout aussi bien », insiste Alexis Melzassard. Si les exigences physiques restent identiques, Guillaume Counilh salue leur performance : « Ce sont de bonnes candidates, elles sont bien préparées. » Pour lui, cette évolution s'appuie aussi sur la démocratisation des clubs de sauvetage, où les jeunes femmes sont de plus en plus nombreuses à s'engager.
Après sa première place chez les filles en finale, Ilona retrouve sa mère avant de repartir encourager ses camarades. La journée est loin d'être finie pour celle qui vise un poste à l'océan, symbolisant l'engagement et les défis de la nouvelle génération de sauveteurs.



