Hichem Aboud, 42 ans, ancien agent des services de renseignement algériens (DRS), a déposé une demande d'asile en France en 2021, après avoir fui l'Algérie. Depuis, il s'est imposé comme un contempteur du régime algérien, multipliant les interviews et les publications sur les réseaux sociaux. Mais son parcours est semé d'embûches, entre mensonges et manipulations, ce qui complique sa situation administrative.
Un passé trouble au sein du DRS
Selon les informations recueillies par Le Monde, Hichem Aboud a intégré le DRS en 2005, où il a travaillé comme agent de terrain, spécialisé dans la surveillance des opposants. Il affirme avoir été témoin de tortures et d'exécutions sommaires, ce qui l'aurait conduit à prendre ses distances avec la hiérarchie. En 2019, il aurait été menacé de mort après avoir refusé une mission, ce qui l'a poussé à quitter le pays.
Une fuite rocambolesque vers la France
Aboud est arrivé en France en 2021 via un passeur, après un périple de plusieurs mois à travers le Mali, le Niger et la Libye. Il a déposé une demande d'asile à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en septembre 2021. Son récit a été jugé crédible par les premiers examinateurs, mais des incohérences sont apparues par la suite.
Des mensonges qui érodent sa crédibilité
Lors de son audition, Aboud a déclaré avoir été officier supérieur, mais les enquêteurs ont découvert qu'il n'était qu'un simple agent. Il a également affirmé avoir participé à des opérations secrètes contre des djihadistes, ce que les services français n'ont pas pu vérifier. Selon une source proche du dossier, « il a exagéré son rôle pour se donner de l'importance, ce qui est fréquent chez les transfuges ». Ces contradictions ont conduit l'OFPRA à rejeter sa demande en mars 2023.
Une nouvelle vie de militant
Malgré ce refus, Aboud continue de militer activement. Il anime une chaîne YouTube où il dénonce le régime algérien, avec plus de 50 000 abonnés. Il a également participé à des conférences organisées par des associations de défense des droits humains. Selon un militant algérien en exil, « il est devenu une voix importante, mais son passé le rattrape ».
Les enjeux juridiques et politiques
Son avocat, Me Jean-Pierre Dubois, a déposé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). L'audience est prévue pour septembre 2024. Selon Me Dubois, « son client risque la peine de mort s'il est renvoyé en Algérie ». Le régime algérien a officiellement demandé son extradition pour « trahison », mais la France n'a pas donné suite. Cette affaire illustre les difficultés de l'asile pour les anciens agents, tiraillés entre leur passé et leur engagement actuel.
Un avenir incertain
En attendant la décision de la CNDA, Hichem Aboud vit dans un hébergement d'urgence à Paris. Il bénéficie du soutien de plusieurs associations, mais son avenir reste incertain. « Je ne peux pas retourner en Algérie, je suis un homme mort », a-t-il confié au Monde. Son histoire révèle les zones d'ombre des services de renseignement algériens et les dilemmes de ceux qui les quittent.



