Incendie à Bezouce : des sinistrés racontent leur calvaire
Incendie à Bezouce : des sinistrés racontent leur calvaire

Le violent incendie qui a parcouru 540 hectares dans le Gard, parti de Lédenon dimanche midi et poussé par le mistral, a atteint les lisières de Bezouce, brûlant plusieurs habitations. Certains habitants, évacués en urgence, ont retrouvé leurs maisons calcinées.

Un feu dévastateur en quelques heures

Le maire de Bezouce, Richard Arnaud, a indiqué que la nuit avait été calme mais très courte. Debout dès 5 h 30 ce lundi, il faisait le point avec les pompiers et parcourait le village pour évaluer les dégâts. Le feu, attisé par le mistral, a progressé très rapidement, détruisant 540 hectares de végétation et menaçant directement les habitations.

De nombreux habitants n'ont pas fermé l'œil de la nuit. « Impossible de dormir, on pleurait et on guettait par la fenêtre », confient Ilidio et Ascension Marques, qui ont évacué leur maison rue du Cavadou vers 14 h, alors que les flammes cernaient leur propriété.

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Le témoignage d'Ilidio et Ascension Marques

« Le feu était devant et derrière. Avec la fumée et le soleil orange, on avait l'impression qu'il était minuit », raconte Ascension. Le couple a attendu des heures sur le pont de l'autoroute, observant la progression du feu sans trop d'illusions. « Heureusement qu'on est parti, car on a reçu l'alerte sur le téléphone deux heures après, tout était déjà dans les flammes », ajoute son mari.

Quand ils ont pu rentrer vers 21 h, le spectacle était désolant. Toute la forêt autour de la maison est calcinée. Le garage des Marques a brûlé, le fond de la maison aussi, les vitres ont explosé sous la chaleur. « Tratocpelle, 3 tracteurs, 2 voitures, 15 motoculteurs, remorques… J'ai 67 ans, j'ai travaillé toute ma vie, j'ai tout perdu en 5 minutes », se désole Ilidio, qui travaille dans les travaux publics.

Une tentative de sauvetage vaine

Ilidio a tenté de sauver ses engins de terrassement, arrosant avec un dérisoire tuyau d'eau au péril de sa vie, et récupérant in extremis une remorque. « J'allais l'accrocher quand j'ai vu des flammes immenses passer par-dessus la camionnette, j'ai cru y rester », raconte-t-il. En trois minutes, les flammes atteignaient 15 mètres de haut.

De l'autre côté du village, chemin de Sernhac, où le feu a sauté attisé par le mistral, une maison n'a pas résisté. Toit et murs éventrés. « Il n'y a pas de mot, je suis triste », glisse le propriétaire, les larmes aux yeux, qui récupère quelques affaires.

Des voisins témoins impuissants

Pierre et son fils Martin, voisins du sinistré, racontent les flammes arrivées jusque dans leur jardin, d'où ils ont dû évacuer le poney. « Je n'ai jamais vu ça en 19 ans que j'habite là », se remémore Pierre. « On a arrosé les haies avec un tuyau mais on ne pouvait pas lutter. » Martin, lui, évoque « l'impression d'être abandonné », même s'il a vu un Canadair effectuer un largage sur la maison du voisin. Il regrette que les pompiers n'aient pas utilisé les bornes d'eau du Bas-Rhône.

Quand les gendarmes sont venus ordonner l'évacuation, « comme il n'y avait plus d'électricité, ils ont cassé le portail », lâche Pierre. Eux aussi sont rentrés chez eux dimanche soir, la boule au ventre. « Il y avait encore des flammèches partout, j'ai surveillé toute la nuit… »

Un élan de solidarité

Sur les hauteurs de Bezouce, devant sa maison, Ascension Marques, très bouleversée, ne contient pas ses larmes dans les bras de Manon, une jeune femme venue spontanément depuis un autre quartier épargné. « On va vous aider, on est là, lui sourit-elle. Je vais créer un groupe WhatsApp d'entraide. Venez boire un café à la maison, vous n'êtes pas seuls… » Ascension sourit tristement : « On est en vie, c'est l'essentiel, non. »

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