Le tribunal correctionnel de Nîmes a condamné mardi 2 juin un homme de 49 ans à quatre ans de prison ferme pour des violences commises sur un nourrisson âgé d'à peine un mois. Les faits se sont déroulés le 23 juillet 2022 à Codolet, dans le Gard. Le prévenu, absent à l'audience, contestait les faits.
Les faits : un nourrisson retrouvé inanimé
Ce jour-là, alors que la mère raccompagnait le père biologique venu voir son fils, son compagnon est resté seul quelques minutes avec le bébé. À son retour, elle l'a retrouvé avec l'enfant dans les bras. Selon lui, le nourrisson avait « du mal à respirer », était « tout mou », et il aurait tenté de le réanimer. Il a décrit l'enfant comme « tout blanc, inanimé ».
Transporté à l'hôpital d'Uzès puis héliporté à Montpellier, le bébé présentait plusieurs hémorragies et un « traumatisme crânien non accidentel », souvent associé au syndrome du bébé secoué. Les expertises médicales ont conclu à un traumatisme crânien correspondant à ce syndrome, entraînant quinze jours d'ITT. Aujourd'hui, l'enfant, qui a fêté ses quatre ans, va bien, mais son état n'est pas encore consolidé, selon Me Wafae Ezzaitab, représentant l'Agavip. Bien que le garçon soit devenu « quelqu'un de très joyeux, bavard, solaire », il devra encore être suivi pour détecter d'éventuelles séquelles.
Le profil du prévenu
Le président du tribunal s'est attardé sur la personnalité du beau-père, déjà condamné pour escroquerie, abus de confiance et évasions. D'anciennes compagnes le décrivent comme « violent », « manipulateur », « menteur » et « escroc ». L'une d'elles a affirmé qu'« il ne supportait pas le bruit que pouvait faire son enfant ». Cependant, Me Camille Proix, à la défense, a nuancé ces témoignages, soulignant que d'autres proches assurent « qu'il est impossible qu'il soit violent avec des enfants » et qu'aucune plainte n'a été déposée par les ex-compagnes.
Les contradictions des expertises
Même la mère de l'enfant, constituée partie civile mais absente à l'audience, doute de la culpabilité de son compagnon. Me Laurence Bourgeon, qui la représente, a déclaré : « Aujourd'hui, ce qu'elle se dit, c'est qu'elle n'a pas le fin mot de cette histoire ». Elle a évoqué « l'enfer » traversé par sa cliente et les contradictions des experts concernant le syndrome du bébé secoué, qui soulèveraient une incertitude sur les violences exercées.
La procureure Nathalie Welté a été étonnée par cette argumentation, qu'elle a qualifiée de « plaidoirie proche de celle de la défense ». Elle a rappelé que le prévenu avait « tenté de jeter les soupçons sur sa compagne » et même sur la fille de cette dernière, un comportement « qui n'est pas celui de quelqu'un qui n'a rien à se reprocher ». S'appuyant sur les experts, elle a souligné que le malaise du nourrisson était survenu « après la fin des secousses », ce qui désignerait le beau-père comme seul auteur possible. Elle a requis cinq ans de prison, dont deux avec sursis probatoire.
Me Proix a contesté cette analyse, affirmant qu'« il y a une incertitude sur le moment où il aurait été secoué. Certains experts disent que ça peut s'être produit une semaine avant, ou cinq minutes avant ». Elle a également soutenu que le syndrome du bébé secoué peut être confondu avec d'autres pathologies, notamment « l'hydrocéphalie externe ». Estimant que c'est la personnalité de son client « qui fait qu'aujourd'hui il est devant vous », elle a demandé la relaxe au bénéfice du doute.
La décision du tribunal
Le tribunal a finalement écarté cette demande et condamné le beau-père à quatre ans de prison ferme. Un mandat d'arrêt a été délivré à son encontre.



