Le dernier rapport du Sirasco, service d'information du ministère de l'Intérieur, met en lumière une tendance inquiétante : la féminisation croissante du narcobanditisme. De plus en plus de femmes, esthéticiennes, aides-soignantes ou mères de famille, sont recrutées par les réseaux de trafic de stupéfiants. Elles occupent souvent des rôles secondaires, comme le transport de drogue, la location de véhicules pour des règlements de compte, ou la garde de produits, mais certaines gravissent les échelons, attirées par l'argent facile.
Des profils variés, une implication en hausse
Le rapport du Sirasco, que nous avons pu consulter, indique que l'implication des femmes dans la criminalité organisée a bondi de 50 % en cinq ans. Les trafiquants exploitent leur profil moins suspect pour éviter les contrôles. Bruno Bartoccetti, délégué syndical UN1TE-police, explique : "Ce sont souvent des petites mains du transport, du repérage, de la logistique." Mais certaines femmes jouent un rôle plus central, comme Noura K., 35 ans, mère de quatre enfants, incarcérée pour complicité de meurtre en bande organisée après avoir hébergé et véhiculé des tireurs.
Des cas emblématiques en région
À Béziers, plusieurs affaires illustrent cette tendance. En octobre 2024, Charlène, esthéticienne, et Alicia, 21 ans, ont été mises en examen pour avoir conduit des tueurs à gage après un double assassinat raté. À Montpellier, Kim, aide-soignante de 26 ans, a été incarcérée pour avoir incendié un appartement pour le compte de la DZ Mafia, contre 500 euros. Ces femmes, souvent recrutées via Snapchat, sont attirées par l'argent facile ou par amour, comme Sandy V., hypnothérapeute de 37 ans, qui a suivi son compagnon dans un vaste réseau de cannabis entre l'Espagne et la région parisienne.
Des rôles qui évoluent
Si les femmes sont souvent cantonnées à des tâches subalternes, certaines accèdent à des postes intermédiaires. À Alès, une femme de 24 ans a été blessée par balles alors qu'elle était "lieutenante" sur un point de deal. Le procureur d'Alès, Abdelkrim Grini, note : "Il n’y a pas encore de parité, mais certaines trouvent un intérêt à faire partie du système." Un policier spécialisé évoque même "Tata Escobar", une cheffe de trafic dans le Vaucluse, qui tenait les hommes de main.
Cette féminisation du narcotrafic pose de nouveaux défis aux forces de l'ordre, qui doivent adapter leurs méthodes de surveillance et d'interpellation.



