Le procès prévu à l’automne, sept ans après la terrible explosion au gaz qui a fait quatre morts en plein Paris, des dizaines de blessés et de sinistrés, peut-il se dérouler sans GRDF ? Pour la Ville de Paris, qui sera sur le banc des prévenus, la réponse est clairement non. Elle le fait savoir dans une demande officielle adressée au tribunal judiciaire de Paris, dont Le Parisien a eu connaissance.
Une audience préparatoire cruciale
Cette demande intervient en vue d’une audience qui aura lieu ce mardi 26 mai. C’est une audience préparatoire au procès, prévu du 20 octobre au 7 décembre 2026, que la justice appelle de « mise en état ». C’est l’occasion pour la 31e chambre correctionnelle qui jugera l’affaire de prendre connaissance des arguments de chacun, ainsi que des pièces sur lesquelles ils se fondent.
Il est prévu que le tribunal juge, en octobre, deux personnes morales : la Ville de Paris et l’agence Cipa, le syndic qui gérait l’immeuble du 6, rue de Trévise, épicentre de l’explosion. Les deux sont renvoyés pour homicides et blessures involontaires, dégradations par explosion. Il est reproché au syndic d’avoir réparé trop tardivement une fuite de collecteur d’eau, laquelle a engendré un affaissement du sous-sol, au point que la canalisation de gaz enterrée, qui ne reposait plus sur rien, s’est rompue. Quant à la Ville, il lui est reproché de n’avoir pas cherché l’origine des affaissements répétés de chaussée, alors que ses équipes sont intervenues à plusieurs reprises pour les réparer.
Un rapport d’expertise civile accablant
Mais dans sa demande au tribunal, la Ville de Paris joint un autre rapport d’expertise. Celui qui a été conclu le 23 mars 2026, dans le cadre de l’expertise civile. Cette expertise, réclamée par Generali, l’assureur du 6, rue de Trévise, a été diligentée par la justice, sous la houlette d’un binôme d’experts judiciaires. Contrairement au volet pénal, cette expertise civile associe toutes les parties et leurs assureurs, riverains, blessés, commerces, opérateurs de gaz, téléphonie, électricité…
Or, le rapport de 655 pages pointe, comme Le Parisien l’avait révélé, d’autres responsabilités. Celle de la Ville, toujours, mais plus celle du syndic du 6. Il y est question, dans une moindre mesure, du syndicat des copropriétaires de l’immeuble du 4, rue de Trévise, pour une colonne d’eaux pluviales obstruée. Et surtout de GRDF, concernant le contrôle de ses canalisations. Le rapport souligne « l’absence de procédure permettant d’identifier toute corrosion de la canalisation en fonte », canalisation datant de 1978. Elle avait été remplacée en 2011-2012 côté impair, mais pas côté pair.
En avril, un magistrat qui devait se prononcer sur les suites civiles à donner, a décidé d’attendre, pointant « des risques sérieux de contradictions entre les deux procédures ».
La Ville de Paris demande des comptes
« Ce rapport constitue un élément nouveau qui ne peut être ignoré dans la perspective de l’instance pénale, et impose des conséquences procédurales, écrit l’avocate de la Ville de Paris, Me Sabrina Goldman. En effet, l’absence de mise en cause pénale de la société GRDF et du syndicat des copropriétaires du 4, rue de Trévise pose question, l’expertise civile ayant précisément déterminé à leur encontre des fautes qui caractérisent également des manquements qualifiables pénalement. Le tribunal correctionnel ne saurait valablement statuer sur les responsabilités pénales à l’origine de l’explosion de cette canalisation de gaz sans que l’ensemble des parties concernées n’aient été appelées à s’expliquer sur les actes qui leur sont reprochés. »
La Ville demande au parquet de faire citer ces deux nouveaux mis en cause pour le procès en octobre. À défaut, elle réclamera un supplément d’information pour que GRDF et le syndicat des copropriétaires soient contraints de répondre. Et pour couper court à tout reproche de manœuvre dilatoire, la Ville de Paris suggère que ce supplément soit ordonné dès l’audience de ce mardi, en missionnant l’un de ses membres, comme prévu par le code de procédure pénale, pour faire procéder à tout acte d’investigation nécessaire, et notamment aux auditions du syndicat de copropriétaires du 4 ainsi que des responsables de GRDF.
« Nous précisons d’ores et déjà que la Ville est soucieuse de l’intérêt des victimes et que le procès se tienne selon le calendrier fixé par le tribunal », précise la Ville qui a joint à sa demande le fameux rapport d’expertise civile.



