Depuis 40 ans, Eric Osty traque les taureaux échappés dans le Gard
Eric Osty traque les taureaux échappés depuis 40 ans

Originaire du Gard, Eric Osty, 67 ans, consacre une grande partie de son temps libre à retrouver les taureaux échappés des prés ou des fêtes votives. Derrière sa maison, à Saint-Géniès-de-Malgoirès, une dizaine de grands lassos sont accrochés dans un petit hangar, rappelant ceux des cow-boys américains. À côté, un vieux 4x4 rouge de marque Cournil, la seule marque de 4x4 française, porte les stigmates de ses missions : coups de corne et rayures. « Là, c’est un coup de corne », montre-t-il au niveau d’un garde-boue. « Ici, il s’est frotté contre la portière, ça date de la semaine dernière. »

La patience du chasseur

« En réalité, c’est assez simple. Mais ce qu’il faut surtout, c’est de la patience », indique Eric Osty. Récemment, il a retrouvé et ramené un taureau échappé lors de la fête votive de Saint-Bonnet-du-Gard, le 5 juin. Après trois semaines de traque, l’animal a été maîtrisé alors qu’il broutait du côté de Lédenon. « Trois semaines, encore, ce n’est rien ! Une fois, j’ai mis 130 jours pour en capturer un, mais c’était un malin ! »

Sa méthode de capture ressemble aux pratiques ancestrales de chasse : « Il faut d’abord repérer trois choses : où il mange, où il boit et où il dort. » Dans la nature, le taureau échappé revient à ses habitudes, sans trop voyager loin. Au début de la traque, après avoir reçu des témoignages de son passage dans une zone délimitée, Eric cherche des traces de sabots dans le sol et examine les déjections. « Selon ce qu’il a mangé, ça peut aider à voir où il broute pas loin. » En revenant plusieurs fois sur les mêmes lieux, il théorise le circuit de l’animal. « En fait, le taureau, je ne le vois jamais jusqu’au jour où je l’attrape. »

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Capture et imprévus

Pour capturer l’animal, Eric accroche ses lassos à plusieurs endroits entre les arbres, là où le fugueur passe souvent. Ensuite, chaque jour, il revient pour relever ses collets. À Lédenon, un des lassos s’était refermé sur une corne du taureau. Immobilisé, l’animal a été attaché au 4x4 avec l’aide des manadiers, puis sorti de la garrigue pour être ramené au camion. Parfois, « c’est un jeu de quilles ! On en a vu des hommes voler par-dessus ! », d’où le besoin occasionnel de la fléchette soporifique si l’animal ne peut être maîtrisé.

Les jeunes sont inconscients

« Le taureau de Saint-Bonnet, s’il avait été laissé tranquille, on l’aurait attrapé en une semaine et non trois ! » Ce qui agace le plus Eric Osty, c’est l’engouement autour des taureaux évadés. De nombreuses personnes, surtout des jeunes, enfourchent quads ou motos pour tenter de le trouver, même la nuit. L’animal, qui cherche à se cacher, fuit à chaque bruit. « Et à chaque fois que quelqu’un vient perturber la traque, il faut tout recommencer du début. Les jeunes sont inconscients. À Cassagnoles, il y a deux ans, il y avait 7-8 voitures bruyantes de jeunes pour un taureau échappé, c’est idiot. Et le lendemain, le taureau a été percuté par un train. L’assurance du manadier a versé 11 000 € à la SNCF pour l’interruption de la circulation », poursuit le traqueur.

Des assurances qui, depuis plusieurs mois, freinent sur la couverture des jeux taurins, ce qui menacerait toute la bouvine selon la majorité de ses membres. « Avec les animaux, le risque zéro n’existe pas, rappelle Eric Osty. Les accidents les plus récents sont surtout provoqués par le non-respect des barrières. Mais, honnêtement, on a regretté des décès, mais y en a-t-il plus qu’en montagne, sur les pistes de ski ? J’en doute et les autres accidents sportifs, les assurances n’en parlent pas. Mais pour sauver nos traditions, chaque défenseur doit avoir la meilleure attitude possible. »

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Enfant de la bouvine

D’une nature discrète, Eric Osty est renommé dans le milieu. Il est fréquemment appelé par manadiers et éleveurs en cas d’évasion bovine. En retour, il ne demande rien : « Je fais ça surtout pour éviter qu’il y ait un accident. » Né à Montpezat, il a passé sa vie auprès des gardians et a travaillé avec Pierre Aubanel pendant 12 ans. Au total, il a ramené « au moins une centaine » de taureaux depuis les années 1980. Parfois, ce fut un groupe entier qu’il a fallu récupérer. Une autre fois, dans les années 2000, c’était un Aubrac de 800 kg qui a passé 4 ans et demi dans la nature après avoir quitté son enclos : « Celui-là, il était revenu à un état complètement sauvage. »

De son palmarès, Eric ne garde aucun trophée tangible, juste des souvenirs. Il se plaît à avoir donné des conseils à des traqueurs plus jeunes : « Certains ont commencé à faire comme moi, c’est bien. » Mais pour ces héritiers, il le répète : « Il leur faudra de la patience. » Sa patience est une nouvelle fois mise à l’épreuve : depuis le 1er juillet, un taureau de Camargue erre du côté de Garrigues-Sainte-Eulalie. « Tout ce que l’on sait pour le moment, c’est qu’il va boire dans la piscine d’un habitant. » Tout reste à faire.