Le rêve français du criminel sexuel Jeffrey Epstein
Jeffrey Epstein, le financier américain condamné pour pédocriminalité, nourrissait l'ambition de devenir châtelain en France. Cette révélation émerge de l'examen minutieux par Ouest-France des millions de documents concernant les réseaux et contacts du délinquant sexuel, récemment rendus publics par la justice américaine. De nombreux courriels et photographies démontrent qu'au printemps 2006, l'homme d'affaires s'est intéressé de manière très approfondie au château de Villette, situé à Condécourt dans le Val-d'Oise, à seulement une heure de route de la capitale française.
Un domaine historique au charme discret
Le château de Villette présente toutes les caractéristiques d'une propriété prestigieuse : une grande allée majestueuse, une pièce d'eau élégante, des jardins à la française soigneusement entretenus, et un vaste parc de soixante-quinze hectares. Cette demeure historique du XVIIe siècle a appartenu à un ambassadeur du roi Louis XIV et est célèbre pour avoir servi de décor à plusieurs productions cinématographiques, notamment Da Vinci Code en 2006, avec les acteurs Tom Hanks et Audrey Tautou. Les lieux offrent non seulement un charme indéniable et un prestige certain, mais garantissent surtout une discrétion absolue et une tranquillité recherchée, le tout à quarante-cinq minutes seulement de l'aéroport du Bourget. On comprend aisément pourquoi Jeffrey Epstein envisageait d'en faire son repaire de luxe européen, idéal pour perpétuer ses trafics sexuels et organiser ses rendez-vous privés dans le plus grand secret.
Ghislaine Maxwell en première ligne des négociations
En 2006, le millionnaire américain fait déjà l'objet de plusieurs plaintes pour relations sexuelles illégales avec des mineures, bien que sa condamnation définitive n'interviendra que deux années plus tard, avec une peine de prison finalement réduite et réaménagée. Le criminel n'intervient pas directement au premier plan dans les négociations immobilières, mais délègue à sa compagne et complice Ghislaine Maxwell la mission de conclure l'acquisition du domaine, probablement via un intermédiaire. « S'il te plaît, dis-lui que nous souhaitons faire une offre formelle », lui écrit-il explicitement le 29 mai 2006. Il lui demande également d'obtenir une description détaillée « des parcelles et des dépendances », ainsi qu'une estimation précise du mobilier d'intérieur, comprenant des tableaux de Boucher, des tapis de la Savonnerie et diverses antiquités de valeur. Les courriels échangés mentionnent aussi une « master bedroom » (chambre principale), qui semble avoir été omise jusqu'alors dans le descriptif initial envoyé à Ghislaine Maxwell.
Une opportunité manquée de justesse
Malgré l'insistance persistante de Jeffrey Epstein, l'acquisition du château ne se concrétisera finalement pas. Fin décembre 2006, un agent immobilier le presse vivement de conclure la transaction, car un autre acheteur potentiel est sur le point de faire une offre : il propose plus de vingt millions d'euros pour l'ensemble du domaine, incluant les œuvres d'art et tout le mobilier. Le millionnaire américain hésite, demande encore des précisions supplémentaires, et rate ainsi l'affaire de peu. S'il n'a jamais possédé de château en France, Jeffrey Epstein profitait néanmoins d'un luxueux appartement parisien de huit cents mètres carrés sur l'avenue Foch, acquis en 2001, où il multipliait les rendez-vous et entretenait activement son carnet d'adresses influent.
Selon les informations du Parisien, son rêve de devenir châtelain ne l'a jamais véritablement quitté, comme en attestent de nombreux courriels échangés pour dénicher un manoir ailleurs en Europe, notamment en Suisse, en Autriche ou encore en Italie. Finalement, sa forteresse la plus secrète et la plus emblématique restera son île privée dans les îles Vierges, avec la mer des Caraïbes servant de douves naturelles pour protéger ses activités criminelles des regards indiscrets.



