Le nouveau rapport annuel de l’agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA), publié en juin 2026, dresse un constat alarmant : les substances psychoactives sont « de plus en plus variées » et toujours plus disponibles, avec « une nouvelle substance détectée chaque jour », principalement des drogues de synthèse. Magnus Brunner, commissaire européen chargé des Affaires intérieures et de la migration, a souligné dans un communiqué « le coût humain de l’usage des drogues », évoquant près de 7 600 décès par surdose dans les pays de l’UE sur une année.
Polytoxicomanie et accessibilité croissante
Le Pr. Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation médicale et toxicologique de l’Hôpital Lariboisière, présent fin juin au congrès de toxicologie d’urgence organisé par le CHU de Montpellier, avertit : « Avec la disponibilité et la facilité de se les procurer, la consommation des drogues, qu’elles soient conventionnelles ou de synthèse, augmente avec le temps et cela s’accompagne de polytoxicomanie. » Il attribue cette hausse à « un monde occidentalisé en difficulté, l’isolement individuel, la levée de certains interdits et surtout l’internalisation des voyages et la facilité de l’usage : vous pouvez vous faire livrer de la drogue à la maison. »
Cocaïne : prix en chute libre et pureté élevée
La cocaïne poursuit son inexorable percée, illustrée par les saisies douanières (300 kg par exemple par les douaniers de Perpignan fin mars sur l’A9). Sa prolifération fait chuter les prix : le gramme se négocie désormais à moins de 40 euros. Henri Cazeneuve, chargé de communication à la direction interdépartementale de la police nationale de l’Hérault, confirme : « Nous avons toujours une forte augmentation de la consommation de cocaïne, avec une baisse des prix à 40 € le gramme, ça a chuté, on pouvait multiplier le prix par deux il y a quelques années et cette drogue a toujours moins mauvaise réputation. » Dans le Gard, à Alès, la concurrence entre dealers a même fait chuter le prix à 37,5 euros mi-juin 2026.
Enfants intoxiqués : une double problématique
Isabelle Claudet, responsable des urgences pédiatriques au CHU de Toulouse, alerte sur les conséquences pour les enfants dont les parents consomment de la cocaïne. « Il y a un pic avant 3 ans avec des intoxications. Soit les parents fument du crack et intoxiquent les enfants par inhalation, ou ces derniers lèchent de la poudre de cocaïne qui reste sur les surfaces. On en a de plus en plus, c’est inquiétant, c’est la même croissance que l’on a connue avec le cannabis il y a dix ans, avec des cas d’ingestion de caillou de crack. » Les conséquences sont graves : « Essentiellement des troubles neurologiques, convulsions, voir des comas. » Deux régions se distinguent, « sur les routes de l’acheminement de la cocaïne via l’Espagne » : l’Occitanie et l’Île-de-France.
Initiation précoce et ubérisation des livraisons
L’âge de l’initiation à la cocaïne inquiète également. « Ils testent, certains sont au collège, on est surtout sur les 14 et 15 ans, et puis jusqu’à 25 ans. C’est facile de s’en procurer via l’ubérisation des livraisons, elle est moins chère, elle est plus pure, 73 % de pureté en moyenne… Et l’Occitanie est aussi là où il y a le plus de cas », détaille la spécialiste. Elle décrit notamment des risques cardio-vasculaires.
Nouvelles substances : opioïdes de synthèse et nitazènes
Selon le système d’alerte précoce de l’Union européenne, 7 nouveaux opioïdes de synthèse ont été signalés sur la scène récréative, comme les molécules de nitazènes, « 200 à 300 fois plus puissantes que la morphine », responsables de la moitié des décès par opioïde dans les pays Baltique. Ces produits sont classés à l’avance comme interdits. Aux États-Unis, le Fentanyl et ses dérivés créent une vague d’overdoses mortelles : « On estime à 100 000 décès par an, c’est terrible », avertit le Pr Mégarbane. En France, « il y a des cas, c’est marginal, il n’y a pas de phénomène épidémique », selon lui.
Crack et kétamine : des tendances émergentes
Dans le sud de la France, les cartels, comme la DZ Mafia, bloquent l’arrivée du Fentanyl pour protéger le marché de la cocaïne, mais proposent désormais à Marseille de la coke « basée », c’est-à-dire prête à l’emploi sous forme de crack, encore plus addictif. « Pour le crack, nous avons quelques cas isolés, dans des quartiers ciblés », indique Henri Cazeneuve, un phénomène retrouvé à Nîmes notamment. Autre tendance : la kétamine, puissant anesthésiant pour animaux, est de plus en plus fréquente en milieu festif ; trois kilos ont été saisis mi-mai 2026 dans une free-party en Lozère.



