Un changement de prince dans un royaume sans territoire
Le 12 avril 2023 marque un tournant dans l'histoire du royaume d'Araucanie et de Patagonie, une monarchie symbolique fondée au XIXe siècle par un aventurier périgordin, Antoine de Tounens. Ce jour-là, le prince Frédéric 1er, de son vrai nom Frédéric Luz, un héraldiste tarnais de 59 ans, a été destitué par une majorité de ses conseillers. Il est remplacé par Philippe Delorme, un écrivain et journaliste parisien de 63 ans, qui prend le nom de Philippe II, devenant ainsi le neuvième Français à porter ce titre.
Les raisons d'une destitution mouvementée
La destitution de Frédéric Luz n'a pas été sans heurts. « C'est curieux de constater que l'Araucanie peut attirer autant de cinglés qui viennent fomenter des complots d'opérette », soupire-t-il, furieux. Selon lui, sa destitution est impossible selon la constitution écrite par Antoine de Tounens, qui stipule que le titre ne peut se perdre que par abdication ou décès. En signe de protestation, il refuse de rendre le collier princier, un objet transmis entre successeurs, ce qui a conduit à une procédure judiciaire après la visite d'un huissier à son domicile.
Les tensions avaient commencé à monter avec quatre membres historiques du royaume, que Frédéric Luz avait révoqués. Philippe Delorme explique son implication : « Je connaissais bien Philippe Boiry [Philippe 1er]. Je m'intéressais à cette histoire, sa belle tradition et son côté humanitaire. Des conseillers sont venus me chercher parce que les choses devenaient compliquées avec Frédéric. » Il souligne que le royaume doit servir de caisse de résonance pour dénoncer les souffrances du peuple mapuche, un rôle que Frédéric Luz aurait négligé.
La nouvelle organisation et ses implications
Dans cette nouvelle ère, le Périgordin Jean-François Gareyte, auteur d'une biographie exhaustive d'Antoine de Tounens, est nommé lieutenant général du royaume. Il est chargé des relations avec les Mapuches, un peuple autochtone dont le territoire s'étend entre le Chili et l'Argentine en Amérique du Sud. Cette nomination montre que l'engagement dépasse le folklore, visant à apporter un soutien concret.
Philippe Delorme, auteur d'une quarantaine de livres, apporte son réseau et son recul à cette cause. « Il s'agit d'un royaume sans territoire et sans sujets, dit-il. Mais ce n'est pas une dignité futile. » Il a accepté cette aventure pour perpétuer la mémoire d'Antoine de Tounens et défendre les droits des Mapuches, une mission qui reste au cœur de l'existence de ce royaume atypique.
Cette affaire illustre les défis de maintenir une institution symbolique à travers les siècles, mêlant histoire, politique et humanitaire dans une quête de légitimité et d'impact.



