Une bataille de chiffres sur l'insécurité à Saintes
La campagne municipale à Saintes s'est enflammée autour des statistiques de délinquance, avec des interprétations divergentes entre le maire sortant Bruno Drapron et son challenger Jean-Philippe Machon. Les chiffres bruts du service statistique de sécurité publique du ministère de l'Intérieur, brandis par Machon, sont certes exacts, mais leur interprétation fait débat.
Le problème méthodologique pointé par l'équipe Drapron
L'équipe du maire sortant identifie deux écueils majeurs dans l'analyse de son adversaire. Premièrement, le mélange des violences intrafamiliales avec les violences hors-cadre familial, ce qui brouille la lecture réelle de l'insécurité quotidienne. Deuxièmement, et surtout, le choix de la période de comparaison.
« Comparer 2024 à 2020 n'a juste aucun sens », assène l'équipe Drapron, rappelant que l'année 2020 fut exceptionnelle avec les confinements, la fermeture des lieux de convivialité et le développement massif du télétravail. Pour une analyse pertinente, ils proposent de se baser sur 2019, dernière année « normale » avant la pandémie et dernière année du mandat de Jean-Philippe Machon.
Une réalité statistique plus nuancée
En se calant sur 2019 et en utilisant des taux pour 1 000 habitants, l'équipe du maire sortant dresse un tableau bien différent. Les violences physiques n'ont augmenté que de 1,6 fait pour mille en six ans, plaçant Saintes en dessous des niveaux de Royan et Rochefort, et avec une progression inférieure à la moyenne nationale.
Plusieurs catégories de délits affichent même une baisse significative depuis 2019 :
- Les vols avec violence : -0,3 pour mille
- Le trafic de stupéfiants : -1,3 pour mille
- Les vols de véhicules : -0,3 pour mille
- Les vols sans violence : -0,1 pour mille
- Les dégradations volontaires : -3,3 pour mille
Les violences sexuelles, quant à elles, sont restées stables. L'équipe Drapron souligne que ces évolutions sont d'autant plus remarquables que la plainte en ligne s'est généralisée et que la libération de la parole sur les violences intrafamiliales a probablement conduit à une augmentation des signalements.
Le cas épineux des cambriolages
Le principal point de friction concerne les cambriolages. Jean-Philippe Machon évoque une explosion de 80% entre 2020 (80 faits) et 2024 (144 faits), chiffre qui résonne avec une vague de cambriolages survenue fin 2024 à Saintes.
L'équipe Drapron rétorque que cette comparaison est biaisée. En prenant 2019 comme référence (128 cambriolages), la hausse sur la période 2019-2024 n'est plus que de 12,5%. « On est loin des 80% annoncés », martèle-t-elle. Une analyse sur le plus long terme, en remontant à 2016 (119 cambriolages sous le mandat Machon), ne montre qu'une progression de 7,5% sur trois années disponibles.
La liste « L'important, c'est vous » conclut par une pique assassine à l'adresse de son adversaire : « Quand on a un marteau dans la tête, on voit tout sous la forme d'un clou », suggérant que M. Machon interprète toute donnée à travers le prisme de l'insécurité. Malgré tout, l'équipe du maire sortant reconnaît que « chaque fait est un fait de trop », rappelant que derrière les statistiques se cachent des victimes et que tous les faits ne font pas l'objet d'une plainte.



