Semion Skrepetsky, caricaturiste russe connu pour ses critiques acerbes envers le président Vladimir Poutine, a été abattu lundi en Pologne. L'artiste de 44 ans, de son vrai nom Robert Kouzovkov, a été tué en pleine rue à Biala Podlaska, une ville située dans l'est du pays. Deux ressortissants biélorusses ont été interpellés peu après les faits, mais le tireur présumé est toujours activement recherché par les autorités polonaises.
Une enquête en cours
« Une enquête est en cours sur le meurtre d'un citoyen de la Fédération de Russie âgé de 44 ans, connu dans les médias sous le nom de Semion Skrepetski », a déclaré Marcin Kozak, porte-parole du parquet de Lublin. Un groupe spécial d'enquêteurs a été mobilisé pour faire la lumière sur cette affaire. « Nous recherchons toujours l'homme qui a commis ce crime », a confirmé Andrzej Fijolek, porte-parole de la police locale.
Un meurtre froid, en pleine rue
Les faits sont d'une violence rare. Selon les autorités polonaises, le caricaturiste a été pris pour cible lundi matin par un homme non identifié. L'assaillant a tiré trois coups de feu avec une arme de poing. Puis, une fois la victime au sol, il s'est approché pour tirer à nouveau à bout portant. Une exécution qui interroge immédiatement sur un possible mobile politique.
Les deux Biélorusses interpellés l'ont été à proximité du consulat de leur pays, situé dans la même ville. Mais aucune confirmation n'a encore été donnée sur leur implication directe dans la fusillade. Dans le même temps, la famille de Semion Skrepetsky a été mise en sécurité dans un lieu tenu secret, selon la presse polonaise.
Une figure provocatrice et exposée
Semion Skrepetsky n'était pas un inconnu. Installé en Pologne depuis 2021, il disait craindre des persécutions politiques en Russie. En exil, il a poursuivi ses activités, publiant des caricatures visant des figures majeures, de Vladimir Poutine à Joseph Staline, mais aussi l'opposant Alexeï Navalny ou Ramzan Kadyrov. Parmi ses œuvres marquantes, une réinterprétation d'icône orthodoxe représentant Staline tenant Vladimir Poutine dans ses bras. Un style frontal, provocateur, qui lui avait valu une forte visibilité… et des critiques jusque dans l'opposition russe, qu'il attaquait lui aussi ouvertement.
L'affaire dépasse déjà le simple fait divers. « L'affaire est évidemment grave », a souligné Adam Szlapka, porte-parole du gouvernement polonais, précisant que la Pologne avait proposé une protection au dessinateur, qu'il avait refusée. Pour les autorités, le risque est celui d'une escalade. « Si le caractère politique de ce crime se confirme, nous serons confrontés à une nouvelle manifestation de l'escalade des actions menées par la Russie en dehors de ses frontières. La Pologne ne peut pas devenir un espace pour de telles actions », a averti Bartosz Grodecki, responsable de la sécurité nationale polonaise.
Une série d'attaques à l'étranger
Ce meurtre s'inscrit dans une série d'agressions visant des opposants russes à l'étranger. Plusieurs affaires ont déjà marqué les esprits ces dernières années. Au Royaume-Uni, Alexandre Litvinenko est mort empoisonné en 2006, tandis que Sergueï Skripal et sa fille ont survécu à une attaque au Novitchok en 2018, qui a aussi coûté la vie à une Britannique.
En Allemagne, le meurtre de Zelimkhan Khangoshvili en 2019 avait provoqué une crise diplomatique avec Moscou. Plus récemment, en 2024, la Lituanie avait évoqué une possible implication russe dans l'attaque au marteau de Léonid Volkov, proche d'Alexeï Navalny. Moscou, de son côté, a toujours démenti toute implication dans ces opérations.



