Snap mise sur ses lunettes AR Specs pour sortir du rouge
Snap mise sur ses lunettes AR Specs

Snap change de stratégie. La maison mère de Snapchat a lancé mardi ses lunettes de réalité augmentée Specs, un produit présenté comme une étape vers « l'après-smartphone ». Dévoilées au salon Augmented World Expo en Californie, ces lunettes autonomes seront vendues dès l'automne aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, pour 2.195 dollars.

Un pari risqué pour Snap

Pour l'entreprise, l'enjeu est énorme. Elle mise sur ces lunettes pour se repositionner sur le marché des objets connectés, malgré des difficultés financières persistantes. L'objectif : proposer un produit intermédiaire, plus avancé que les lunettes connectées classiques, mais plus léger et accessible que les casques de réalité mixte.

Une vision de l'informatique dans le monde réel

Le patron de Snap, Evan Spiegel, défend une approche différente. « Si nous ne parvenons pas à faire entrer l'informatique dans le monde où nous vivons, il sera très difficile de la rendre plus humaine », explique-t-il. Une vision qui guide le développement des Specs depuis plus de dix ans au sein du groupe. Contrairement aux modèles concurrents, les lunettes ne se contentent pas d'afficher des informations. Elles analysent l'environnement et y superposent des objets numériques en 3D, interactifs avec le réel. Une différence majeure avec d'autres dispositifs, que le dirigeant juge trop proches d'un écran.

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Snap arrive sur un marché déjà occupé. Meta domine avec ses lunettes Ray-Ban, vendues à plus de sept millions d'exemplaires, tandis que Google et Samsung préparent leurs propres modèles. Mais la concurrence est rude, et coûteuse. Evan Spiegel critique certains produits existants : les lunettes avec écran intégré donnent « l'impression d'avoir un minuscule écran de téléphone collé à l'œil ». À l'inverse, les casques comme ceux d'Apple restent « très performants et immersifs, mais très lourds à porter et qui coupent du monde ». Snap tente donc de se positionner entre les deux.

Un pari technologique… et financier

L'argument clé reste le prix. À 2.195 dollars, les Specs sont moins chères que certains casques, comme le Vision Pro d'Apple lancé à 3.499 dollars. « Nous pouvons mettre cette technologie entre le plus grand nombre de mains possible », assure Evan Spiegel. Mais le pari est risqué. Snap est déficitaire depuis son entrée en Bourse en 2017 et a supprimé récemment 16 % de ses effectifs, soit environ 1.000 emplois. Le développement de ces lunettes a en outre coûté des milliards, selon un fonds activiste qui appelle à abandonner ce projet.

Au-delà du matériel, Snap mise sur les développeurs. Les Specs permettent d'utiliser différents modèles d'intelligence artificielle, d'OpenAI à Google, pour créer des expériences inédites. Le succès du produit sera mesuré moins sur les ventes que sur la créativité des usages. Une démonstration a été présentée à Paris, dans une installation de l'artiste JR. Le public équipé des lunettes pouvait voir apparaître des animations, comme un vol de chauves-souris ou une danseuse virtuelle. « Ce que je trouve génial avec la réalité augmentée, c'est qu'on traverse nos écrans », a résumé l'artiste. Malgré ces ambitions, Snap avance sans garanties. Evan Spiegel n'a donné ni objectifs de ventes, ni volumes de production, préférant rester discret sur les performances attendues. Il écarte en revanche toute cession de l'activité « pour le moment ».

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