Un sinistre d'une ampleur exceptionnelle dans le Bordeaux des années 1950
Le 5 mars 1954 restera gravé dans la mémoire des Bordelais. Vers 12h45, un incendie d'une rapidité extraordinaire éclate au 66 rue de Belleyme, dans un entrepôt appartenant à la Société de métaux et chiffons du Sud-Ouest. Géré par M. Jacques Maillet et employant une trentaine de personnes, le bâtiment semblait normal à la sortie des employés à midi. Pourtant, trois quarts d'heure plus tard, M. Deltheil, employé de l'Office général de transport voisin, donnait l'alerte.
L'intervention providentielle des soldats du feu
Par une chance incroyable, la caserne des pompiers était située à moins de cent mètres du lieu du sinistre. Cette circonstance providentielle permit sans aucun doute de protéger les maisons du quadrilatère formé par les rues Langlois, Belleyme, Dalon et Courpon. Il est certain que sans la réaction exemplaire des sauveteurs, un véritable désastre aurait endeuillé la ville. L'émotion des habitants, voyant les flammes lécher leurs fenêtres, était palpable, tandis que la police contenait les curieux massés à l'angle des rues Courpon et Belleyme.
Face à cet émoi, les pompiers opposèrent un calme souverain et une froide détermination. Immédiatement, ils mirent en action sept grosses lances pour combattre un gigantesque brasier dont les flammes s'élevaient à vingt mètres de haut. Sous la conduite du capitaine Priat et de l'adjudant Lestage, avec promptitude et courage, ils s'employèrent à circonscrire l'incendie, déversant des tonnes d'eau depuis les toits des maisons voisines.
Un bâtiment réduit en cendres et des risques d'effondrement
Malgré leurs efforts inlassables, le feu poursuivit son œuvre dévorante. Quelques minutes après leur arrivée, le bâtiment de deux étages était réduit à un rez-de-chaussée, jonché de briques, poutres et barres de fer. Le mur de la façade, composé de pierres et de charpente en bois, céda sous l'action de la chaleur, s'écroulant dans un fracas épouvantable sur la rue de Belleyme désormais obstruée. La chute fut si soudaine que sept pompiers eurent à peine le temps de se plaquer contre le mur de l'immeuble d'en face pour se mettre à l'abri, sous les yeux de curieux émus.
Un vent assez violent soufflait, mais heureusement favorable. S'il avait pris une autre direction, un magasin de torréfaction et deux hangars remplis de charbon et de bois auraient été directement menacés. Par mesure de sécurité, de nombreux appartements furent évacués. À 13h40, le danger de propagation était écarté, mais le foyer restait important, avec de grandes flammes sortant des décombres, le sinistre ayant gagné le sous-sol « bourré » de tonnes de laine.
Des dégâts considérables et une surveillance renforcée
On craignait toujours l'effondrement d'un mur latéral sur une maisonnette voisine. Le capitaine Priat et M. Volette, architecte en chef de la ville, décidèrent de faire tomber les pierres au sommet pour prévenir une nouvelle catastrophe. Le mur tint bon, permettant aux pompiers de poursuivre sans risques. À 15 heures, les sauveteurs s'affairaient encore, prévoyant que le feu pourrait brûler plusieurs jours sans dégagement rapide des décombres.
Pour comble de malchance, la voiture allant chercher M. Jacques Maillet à Cazaux fut victime d'un accident à Pessac, retardant son arrivée. Des centaines de tonnes de métaux, papiers, chiffons et laine furent détruits, ainsi qu'une traction à l'intérieur. Le montant des dommages, entièrement couverts par une assurance, s'élevait à trente-cinq millions de francs. Toute la soirée et la nuit, des piquets de surveillance restèrent sur place pour prévenir toute recrudescence du sinistre.



