Avignon : un couple héberge deux jeunes Guinéens sans papiers
Avignon : un couple héberge deux jeunes Guinéens sans papiers

Un couple de retraités tend la main à deux jeunes Guinéens

À Avignon, un couple de retraités a pris sous son aile deux jeunes Guinéens sans papiers, Karamoko et Mokhtar (prénoms modifiés). Arrivés en France l'année dernière après un périple semé d'embûches, ils sont aujourd'hui scolarisés mais vivent dans l'angoisse d'une expulsion. Leur histoire, semblable à celle de milliers de migrants, met en lumière les difficultés administratives auxquelles ils sont confrontés.

Un voyage dangereux de la Guinée à l'Europe

Karamoko et Mokhtar, originaires de villages isolés et pauvres de Guinée, ne se connaissaient pas avant d'être accueillis par le même couple. Leur récit, dans un français encore hésitant, décrit un voyage éprouvant : taxi-brousse, bus, traversée du Burkina Faso, du Niger, de l'Algérie et de la Libye. "La Libye, c'est très dur, des gens sont battus, volés...", confient-ils. Ils ont dû verser des bakchichs aux douaniers et, pour Mokhtar, effectuer de petits boulots afin de poursuivre leur route.

Le départ de Libye s'est fait en canot pneumatique avec plus d'une centaine de passagers. "Le but, c'est d'appeler au secours et les Italiens viennent nous chercher", explique l'un d'eux. Mais pour Mokhtar, le voyage a viré au drame : "Mon bateau a commencé à couler, des gens se sont noyés, d'autres ont été brûlés par l'essence. Il y a eu 32 morts, dont des enfants et des femmes, sur 107 passagers." Il a été sauvé en s'accrochant aux boudins du canot.

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L'arrivée à Avignon et les premiers obstacles

Arrivés en Italie, ils n'y restent pas longtemps et descendent à la gare d'Avignon, faute d'argent. Ils dorment dans la rue avant d'être orientés vers le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples). La police les prend en charge et ils sont placés en foyer ou à l'hôtel via l'aide sociale à l'enfance. Mais rapidement, leur situation se complique : bien qu'ils produisent des extraits de naissance attestant qu'ils sont nés en 1999 et 2000, les autorités leur imposent un test osseux.

Le test osseux : une source de contestation

Le test osseux, dont la fiabilité est remise en cause par des associations et le Défenseur des droits, conclut qu'ils sont âgés de 19 ans, avec une marge d'un an. "À chaque fois que des jeunes passent ce test, le résultat est le même !", s'indignent les retraités, qui estiment que les jeunes n'ont pas donné leur consentement. Suite à ce résultat, le préfet du Vaucluse prend une OQTF (obligation de quitter le territoire français) à leur encontre. Placés en garde à vue puis au centre de rétention de Nîmes, ils font appel et le tribunal administratif annule l'OQTF. "Ils ont été mis à la rue", déplorent les retraités.

Une scolarisation réussie mais une situation bloquée

Hébergés par le couple, Karamoko et Mokhtar sont scolarisés : l'un en CAP dans un lycée avignonnais, l'autre en classe de 4e spéciale pour jeunes étrangers. "L'Éducation nationale a été formidable avec eux !", se félicitent les retraités, fiers de leurs bulletins de notes. "Ils n'étaient jamais allés à l'école ! Ils ont énormément travaillé." Mais leur statut reste précaire : "Ils n'ont aucun statut. Ils sont considérés comme clandestins. On leur dit qu'ils sont majeurs mais sans une identité de majeur !"

Karamoko a voulu rentrer en Guinée, mais l'office de l'immigration a refusé faute de passeport. Mokhtar, déprimé, n'a pas pu intégrer un apprentissage chez un électricien. Pour le couple, "c'est une mesure d'exclusion, on les empêche de s'intégrer."

Un appel au préfet

En dernier recours, les retraités ont écrit au préfet du Vaucluse, plaidant sur le plan humain : "Nous offrons une solution qui ne coûte rien à la société et garantit à ces jeunes isolés une sécurité. Nous espérons que vous nous aiderez à contribuer à l'image d'une France terre d'accueil." Ils demandent une régularisation. Mokhtar, lui, aspire à une vie meilleure : "Ce que je veux ? Apprendre et trouver un métier !" Mardi, les deux jeunes ont obtenu leurs premiers documents officiels : l'aide médicale de l'État, accordée à tous les immigrés sans papiers.

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