Dix ans après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, Anaïs Bonnin, alors âgée de 14 ans, publie un livre-témoignage intitulé « Et après ». Aujourd'hui infirmière en oncologie et conseillère municipale à Bandol, elle retrace son cheminement depuis cette nuit d'horreur.
Une nuit qui a tout changé
Le 14 juillet 2016, Anaïs Bonnin se trouvait sur la Promenade des Anglais avec sa marraine, son oncle et sa petite-cousine, venues assister au concert de Rihanna à l'Allianz Riviera. L'attaque au camion-bélier a plongé la jeune fille dans une panique indescriptible. « J'ai cru que j'allais mourir. J'avais peur de voir des terroristes », confie-t-elle. Cette expérience traumatisante a marqué la fin de son enfance. Une photo d'elle souriant devant le Negresco reste la dernière image de cette période insouciante. « Je sais que c'est moi, mais je ne me reconnais pas. Quelque chose est mort pour toujours », explique-t-elle.
Un parcours semé d'épreuves
Les années qui ont suivi ont été marquées par des cauchemars, une hypervigilance et des malaises. Ses parents ont découvert qu'elle se scarifiait. Anaïs a été accompagnée psychologiquement, mais a peiné à se sentir reconnue comme victime, car elle ne rentrait pas dans le périmètre d'indemnisation. « Je ne voulais pas les sous. Juste qu'on m'écoute et qu'on reconnaisse ma souffrance », insiste-t-elle. C'est son avocate niçoise, Cathy Guittard, qui lui a permis d'être reçue comme partie civile au procès criminel. « Le président de la cour m'a dit : « Vous êtes une victime » », se souvient-elle.
De la souffrance à l'engagement
Aujourd'hui, Anaïs Bonnin est infirmière à la Clinique du Cap d'Or à La Seyne-sur-Mer, en service oncologie. Elle a obtenu un diplôme universitaire en soins palliatifs. « C'est un combat avec et contre son propre corps, comme je l'ai fait avec mes propres démons », explique-t-elle. Ses proches lui ont fait remarquer qu'elle est « toujours proche de la mort ». À l'origine, elle voulait être puéricultrice, « peut-être parce que je voulais soigner l'enfant que j'étais... » En mars dernier, elle est devenue conseillère municipale à Bandol, déléguée à la jeunesse et au lien intergénérationnel.
Un message d'espoir
Son livre « Et après » vise à « poétiser les mots », « mettre un peu de douceur sur la douleur ». Elle espère « que ça parlera à d'autres, qui se sentent seuls aussi ». Son chemin personnel n'est pas terminé, mais désormais, quand on le lui demande, Anaïs Bonnin répond : « Je vais bien. Je me suis réconciliée avec la petite fille que j'étais. »



